Juste à mi-chemin entre les deux bourgs, serpentait un chemin de campagne, caché derrière un panneau publicitaire, qui menait à une baraque rustique en ruine; à côté, il y avait un énorme olivier sarrasin qui avait sûrement sa bonne paire de siècles. On aurait dit un faux arbre de théâtre, né de l'imagination d'un Gustave Doré, une illustration possible de l'Enfer de Dante. Les plus basses branches rampaient et se contorsionnaient à ras de terre, lesquelles branches, malgré leurs tentatives, ne parvenaient pas à se dresser vers le ciel et qui, à un certain moment de leur avancée, se la repensaient et décidaient de retourner en arrière vers le tronc en faisant une espèce de courbe en coude ou, dans certains cas, un noeud pur et simple. Peu après, pourtant, elles changeaient d'idée et repartaient en arrière comme effrayées à la vue du tronc puissant, mais perforé, brûlé, ridé par les années. Elles étaient totalement semblables à des noeuds coulants, des pythons, des boas, des anacondas brusquement métamorphosés en branches d'olivier. ///
///Observé d'en dessous, sous cet angle, l'olivier paraissait plus grand et plus emmêlé. Il vit la complexité de la frondaison qu'il n'avait pu distinguer quand il était installé à l'intérieur. Quelques mots lui vinrent à l'esprit; "Il y a un olivier sarrasin, grand...avec lequel j'ai tout résolu." Qui les avait prononcés? Et qu'avait résolu l'arbre? Puis sa mémoire fit le point. Ces mots c'était Pirandello qui les avait dits à son fils, quelques heures avant de mourir.
Andrea Camilleri
L'excursion à Tindari