lundi 7 janvier 2019

Cuisine du monde





Galette de l'Epiphanie, pétrie le 6 janvier 2019 à Gizah (Egypt)  
Pâte feuilletée: Arabie Séoudite
Pour la crème d'amandes : Amandes poudre de Sicile, œufs et sucre égyptiens, beurre de Nouvelle-Zélande, rhum de Cuba. Crème pâtissière : œufs et farine égyptiens, lait en poudre de France et vanille de Madagascar.
La cuisine n'a pas attendu les années 2000 et la mondialisation pour être cosmopolite.
(Les convives ont un passeport français.)

vendredi 4 janvier 2019

Pour Jim




J.CB- Et votre cuisine à vous qui a été célébrée, je crois, dans la revue Saveurs? Pouvez-vous évoquer votre tourte de groins de porc, votre poularde demi-deuil, votre gigot en croûte ?
G.O - Ce sont des excès que je commets de temps en temps pour Jim Harrison. La tourte de groin est bourguignonne. Il faut une quarantaine de groins que l'on fait pocher longtemps dans du vin et des oignons.
J.CB- Comme de la tête de veau. Le groin c'est le bout du museau?
G.O -Oui, ce qui ressemble à une prise de courant. Il faut hacher et servir dans une tourte de pâte feuilletée comme la tourte bourbonnaise avec des pommes de terre, et la sauce au vin très réduite. On referme, on met une petite cheminée. Je fais aussi des tourtes aux orties et aux escargots.

Entretien Jean-Claude Bonnet et Gérard Oberlé
Revue Critiques (La Gastronomie)
Juillet 2004

mardi 1 janvier 2019

Le piéton






Je suis le piéton de la grand'route par les bois nains;
la rumeur des écluses couvre mes pas.
Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant.
AR

lundi 24 décembre 2018

Je danse



J'ai tendu des cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse.
AR

samedi 22 décembre 2018

Une attirance viscérale



Dehors, enfin, il faisait frais. Il alluma sa première cigarette du jour en regagnant sa voiture. En débouchant dans Sands Boulevard pour remonter vers le Strip , il découvrit la lumière dorée que le soleil projetait sur les montagnes à l'ouest de la ville. Le Strip était encore illuminé par un million de néons, bien que la foule sur les trottoirs se soit considérablement réduite à cette heure. Malgré tout, Bosch fut subjugué et intimidé par ce spectacle de lumières. De toutes les couleurs et de toutes les formes inimaginables, c'était un gigantesque entonnoir d'incitation à la cupidité qui brûlait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Las Vegas ressemblait à une pute de Sunset Boulevard à Hollywood. Même les hommes heureux en mariage lui jetaient un regard, ne serait-ce qu'une seconde en passant, pour se faire une idée du monde qui les entourait, ou se donner des idées. Las Vegas, c'était pareil. Il y avait là une attirance viscérale. Une promesse effrontée d'argent et de sexe. Mais, dans le premier cas, il s'agissait d'une promesse non tenue, un mirage, quant au second, il était rempli de danger, de dépenses, de risques physiques et mentaux. C'était là que se trouvait le véritable jeu dans cette ville.

Michael Connelly
Trunk Music
Le Cadavre dans la Rolls

dimanche 16 décembre 2018

Pensées sauvées du sable (5)





Double-vie
Comment supporter cet éternel combat entre le colonisateur et sa propre culture? En faisant en sorte d'adopter provisoirement ( et souvent maladroitement) le point de vue du colonisateur le jour et en reprenant ses propres habitudes la nuit. Vous l'avez compris, le peuple égyptien se doit d'optimiser ses rares périodes de sommeil. Ce que les observateurs étrangers (Cocteau l'avait déjà souligné dans son livre Malesh) prennent pour de la nonchalance, voir de la fainéantise, n'est en fait que le résultat de cette double-vie. Un jour qui somnole, une nuit qui éclate, qui déborde souvent, c'est ainsi. Pour combien de temps encore?

mardi 11 décembre 2018

Un sacré vieux film !


Ramené une bonne vingtaine de polars de France. Un à un, il me tombe des mains (j'adore cette expression si juste). Il faut dire que je conserve précieusement un Ed Mc Bain et deux Winslow pour la fin. Je suis comme le type qui mange des asperges et garde les têtes dans un coin de son assiette pour les déguster à la fin. Ces auteurs ne sont que des auteurs de littérature blanche déguisés en méchants. De pénibles imitateurs de Jim Harrison qui ne font que gâcher des lignes et des lignes pour nous parler du ciel et de la nature. Et surtout, pas une vraie scène de violence digne de ce nom. Consternant et très énervant. Il y a tout de même des surprises, heureusement (pour le moment une seule) ce jeune auteur qui ne renouvelle pas le genre mais qui sait écrire. Pas une description du ciel depuis le début de ma lecture et déjà trois morts et un kidnapping, et j'en suis à la page 100 ! Un petit extrait (ce sont trois détectives privés qui discutent).

" Je me souviens de Bogart en Spade, dit Joe en interrompant mes pensées. J'étais gamin quand je l'ai vu pour la première fois, et j'ai quelques années de plus que vous. C'est un sacré vieux film. Comment s'appelle le mec qui a écrit le bouquin?
-Dashiell Hammett.
Kinkaid et moi répondîmes à l'unisson, ce qui nous fit tous rire.
-Qu'y avait-il donc de si fascinant dans cette histoire? dis en m'interrogant tout haut. C'est vrai quoi, le film était plutôt bon et Bogart était génial, mais, pour ce qui est de l'intrigue, je ne vois pas. Comment ce film a-t-il pu devenir un classique? Quand je pense que le bouquin est toujours en vente soixante-dix ans après.
-C'est la fin du film qui en a fait un classique, dit Kinkaid. L'idée que pour Spade la loyauté envers son associé est plus importante que l'argent ou l'amour. Il n'aime pas beaucoup son associé (il couche même avec sa femme), mais il a quand même cette loyauté…"

Michael Koryta
Tonight I said Goodbye
(La Mort du Privé)