lundi 18 janvier 2021

Introduction (3)




 A l'Ocean Palms Hotel, deux matelots avaient jeté Jack Ellis dans la cage de l'ascenseur , du huitième étage. Si, juste au même moment, la cabine, partant du sixième, n'était pas montée à sa rencontre, Jack Ellis ne serait plus que de la viande à hamburger. Tandis qu'il s'en tira avec une rotule qui, pour reprendre les paroles d'un chirurgien sentimental de Los Angeles, lui rappelait le puzzle mille pièces des chutes du Niagara que sa mère lui avait donné pour ses dix ans. Les deux marins, interrompus par Jack au cours d'une danse sur le corps d'un vendeur de cirage de Sioux Falls, avaient été sévèrement réprimandés, et renvoyés à bord du U.S.S. Wasp. En 1942, les matelots étaient un article fort recherché, tandis que les détectives d'hôtel, on en avait treize à la douzaine.


Humour, cynisme, informations ; encore un exemple de notre série "Introduction" de romans noirs. Celle-ci , écrite par le très habile Stuart Kaminsky pour son High Midnight (1981). Série conduite par le détective Tobie Peters qui rencontre de nombreuses stars d'Hollywood  quelquefois pour le meilleur, mais bien souvent pour le pire. Si dans cet opus nous faisons quelques pas au côté du grand Gary Cooper, il y a aussi Judy Garland, Les Marx Brothers, Albert Einstein, Astaire etc.  Lisez, profitez.

Julius Marx

vendredi 1 janvier 2021

Ailleurs

"Ailleurs est un mot plus beau que demain " (Paul Morand)

Débutez bien l'année (qui sait comment elle finira!) en commandant ce livre d'écrits de voyage.



Pour la somme de 15 euros (frais de port compris)
Chèque à libeller à l'ordre de Patrice Roger Chantin et à envoyer à l'adresse suivante:
60 chemin des Sablières 84200 Carpentras.
N'oubliez pas de joindre votre adresse pour l'expédition.

Bien à vous
Julius

samedi 19 décembre 2020

Clap de fin




Il contemple la frontière et se demande ce qui se passe au Mexique. le chaos et la violence se poursuivent. Rafael Caro est mort et Tito Ascension est le nouveau "parrain".  Des hommes brutaux et stupides sont au pouvoir des deux côtés de la ligne de séparation.
Mais il n'y a pas de mur, se dit Keller en souriant.
Et il n'y en aura jamais. Une frontière est une chose qui nous sépare, mais qui nous init également; il ne peut pas y avoir de véritable mur, de même qu'à l'intérieur de l'âme humaine aucun mur ne sépare les meilleurs penchants des pires.
Keller le sait bien. Il a vécu des deux côtés de la frontière.
Il prend la main de Marisol et ensemble ils redescendent la colline en boîtant.

Don Winslow 
La Frontière

Dernières lignes de la trilogie de Don Winslow consacrée au monde de la drogue après La Griffe du Chien et Cartel.

Eblouissant !

samedi 12 décembre 2020

De l'amour





Quand nous passions ensemble à travers les rues fréquentées, les gens se retournaient pour le plaindre l'aveugle. Ils en ont des pitiés les gens, pour les invalides et les aveugles et on peut dire qu'ils en ont de l'amour en réserve. je l'avais bien senti, bien des fois, l'amour en réserve. Y en a énormément. On peut pas dire le contraire. Seulement c'est malheureux qu'ils demeurent si vaches avec tant d'amour en réserve, les gens. Ca ne sort pas, voilà tout. C'est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d'amour.
Louis Ferdinand Céline
Voyage au bout de la Nuit

dimanche 6 décembre 2020

L'âge du doute





 Un nouveau Montalbano c’est toujours une bonne nouvelle. D’autant plus que d’après l’ami

 Quadruppani cet opus là serait l’avant dernier. Puis, une fois l’euphorie passée, vient le 

moment tant attendu où le lecteur se couche, en prenant bien soin de remonter la couette 

sous son menton, pour un beau voyage sicilien.

Bon, le premier problème d’un Montalbano c’est qu’il se lit trop vite, beaucoup trop vite 

même. Voilà une chose qui n’a pas changée. Ce qui change c’est ce malaise persistant qui 

s’installe chez le lecteur. Un trouble évident que l’amateur cherche à cacher mais qui 

revient sans cesse, l’empêchant d’éteindre la lumière, de redescendre les escaliers quatre à 

quatre pour aller lire à sa douce moitié un de ces passages si croustillants qui fleurissaient 

autrefois dans les aventures de notre bien-aimé commissaire. Ce trouble venant du fait que 

le thème principal du roman (me semble-t-il) est la vieillesse. Oui, les inconditionnels de sa 

Seigneurie devront bien en prendre leur parti, le cerveau de Montalbano, de notre 

Montalbano, commence bel et bien à se ratatiner ! Notre héros commet des erreurs et, c’est 

bien plus grave encore, semble être sur le point d’abdiquer.

Même si la résolution de l’intrigue (en fait deux intrigues étroitement liées) lui appartient 

encore, on devine que le coeur n’y est plus du tout. Rassurez-vous, il y a toujours

quelques petites attaques contre les puissants et d’habiles stratagèmes montalbaniens mais 

ils sont hélas noyés dans de gros nuages de mélancolie. Ce ciel de Sicile, amis lecteurs, 

devient gris !

Gris, il l’est aussi chez moi, ce fichu ciel. Hier, en courant acheter le bouquin dans une 

grande surface (c’est juste de la provoc) je cherchais dans les rayons à la lettre M , comme 

Montalbano avant qu’une employée désabusée me recommande de visiter le casier de la lettre C, 

comme Camilleri. Bon sang ! Moi aussi, il semble bien que mon cerveau commence à se ratatiner.

Julius Marx

jeudi 26 novembre 2020

Souvenirs





Déjà plus d’une heure que le guide nous parle des Nabatéens, de la péninsule arabique, des 2200 ans depuis je ne sais qui, et de la sédentarisation.

C’est merveilleux.

Sans blague, je suis conscient du moment unique que je suis en train de vivre.

Non, mon petit, je ne veux pas faire une promenade à cheval,

non, je n'ai pas besoin d’un joli bracelet à un euro,

Ce qu'il me faut, c'est juste un peu d’ombre.

L’ombre…Une sacré bonne idée.

Là. Planqué sous un rocher du canyon,

personne ne m’empêchera de rêver des Nabatéens,

de la péninsule arabique, des 2200 ans depuis je ne sais qui, et de la sédentarisation.

Et puis, Dieu m’est apparu.

Un Dieu à la peau sombre, à la bedaine bien calée dans une drôle de voiturette de golf.

Hé ! Diego. Qu’est-ce que tu fabriques dans cette foutue voiture de golf ?

Qu’est-ce que peut bien te raconter le fils du Roi, assis à côté de toi ?

Pourquoi viens-tu  me narguer Diego ?

Pourquoi  vouloir m’empêcher de rêver seul des Nabatéens,

de la péninsule arabique, des 2200 ans depuis je ne sais qui,

et de la sédentarisation.

Et puis, ces putains de gardes du corps, Diego,

Pourquoi me poussent-ils contre les pierres ?

Alors, l'hélico blanc, c'était toi.

Moi, je suis arrivé ici par la route,

une sacrée route qui n’en finissait pas de s’entortiller autour des rochers

comme un serpent.

Tu peux me croire Diego,

J’ai bien mérité de rêver, peinard,

 des Nabatéens, de la péninsule arabique, des 2200 ans depuis je ne sais qui,

et de la sédentarisation.

Tu as vu le désert, Diego ? Ces tentes de nomades, ces chiens galeux  et ces rapaces, très haut dans le ciel pur, dédaigneux des petits bonhommes trimballés dans un bus ?

Où alors, le fils du Roi te faisait-il chier avec ces problèmes de fils du Roi ?

Hé, toi !

Oui, toi, El Pibe del oro,

qu’est-ce que tu fabriques dans cette ridicule bagnole blanche 

Avec tous ces types en noir qui bourdonnent autour de toi comme des mouches affolées par le sucre?

Par ta faute Dieguito,

j’ai laissé tomber les Nabatéens,

 la péninsule arabique, les 2200 ans depuis je ne sais qui,

et la sédentarisation.

C’est  bien à cause de toi, Diego,

que je me suis subitement retrouvé dans les rues de Naples, avec des gamins d'une autre péninsule.

Et puis, tu as disparu.

On n’entendait plus que le bourdonnement

de tes mouches, derrière toi.

Dommage… tu aurais pu me prêter ta voiture

pour remonter le canyon,

retrouver mon bus, mes touristes.

Mais, comment leur dire que Dieu venait d'atterrir en hélico blanc

ici, dans le désert des Nabatéens ?


Julius Marx (Petra- Jordanie-1er Mai 2015)

jeudi 19 novembre 2020

Plus qu'à une rapide pulsation de la mort





"C'est curieux", se dit-il, et à ce moment, il entendit un frottement derrière lui, et sans raison très précise, la peur soudain l'envahit, une peur qu'il n'avait jamais connue auparavant. Une peur, sauvage, animale,. Avant d'avoir pu faire un geste, il sentit un léger attouchement au bord de son chapeau, par derrière, et alors il comprit qu'il allait arriver quelque chose d'horrible, et qu'il n'était plus qu'à une rapide pulsation de la mort. La sortie de l'impasse et le minuscule point lumineux qui signifiaient le salut étaient à des milliers de kilomètres de lui. Un cri de terreur contracta sa gorge, mais avant qu'il eût pu jaillir, ses tympans éclatèrent, et le minuscule point lumineux qui était le bout de l'impasse, avec une soudaineté terrifiante, fonça sur lui, rouge, hurlant, irrésistible. 
Il savait qu'on le tuait et il ne pouvait pensait qu'à une seule chose: "Et si Myra s'était arrêtée ce matin-là, pour prendre son café?"
Puis le somment de son crâne vola en éclats et il tomba, le visage en avant, sur la poubelle, tandis que ses doigts montaient vers sa figure pour tâcher de boucher son nez.

Horace Mc Coy
No Pocket in a Shroud
(Un linceul n'a pas de poches)

La dernière page du Linceul fait maintenant partie des classiques de la littérature noire. Même si nous l'avons déjà lue et relue, il est extrêmement salutaire de refaire un petit passage sur cette page en nos temps troublés. Pensons nous aussi à nous boucher le nez.

Pour illustrer ce texte, impossible de ne pas penser à la scène finale de Touch of Evil de Welles.