lundi 22 juin 2020

Carte postale




Nous les appelons les dentelles de Montmirail. Et puis, là-bas, au second plan, le Ventoux. N'oublions pas ce sacré Mistral . Invité ou pas, il se faufile toujours ! C'est peut-être bien pour cette raison que les gens d'ici parlent beaucoup ; la moitié de leurs mots s'envolent au vent.

lundi 25 mai 2020

Descriptif




Si l'on excepte la table de travail en forme de haricot, de la taille d'une piscine d'Hollywood, le bureau de réception de Me Palmer avait l'intimité d'un living-room. le divan et les trois fauteuils capitonnés  étaient recouverts de chintz aux couleurs vives et des toiles de Dufy décoraient les boiseries murales. dans des vases d'argent, dormaient des roses jaunes, aux corolles mi-closes. Et, dans la cheminée de marbre, les bûches en bois de bouleau luisaient, si blanches qu'elles semblaient avoir été passées au décolorant. Les lumières de la ville scintillaient derrière les immenses fenêtres, à l'extrémité de la pièce.
Jonathan Latimer
L'épouvantable Nonne
Série Noire N° 316
Résolument Chandlérien, un descriptif des lieux qui laisse pantois! Quelle merveilleuse époque où les romans noirs se lisaient avec délectation.

dimanche 3 mai 2020

Confinement (48)




Le monde est un complexe formidable. Il est fait des mauvais exemples de nos semblables, des doctrines communément répandues, des idéologies contagieuses généralisées, des entraînements de toute nature contre lesquels chaque individu a à se débattre continuellement. Comment est-ce possible que le cœur de l'homme soit un champ de bataille? Pourquoi  ces contradictions intimes et inévitables qui sont en nous-mêmes, qui sont nous-mêmes? Est-ce là notre état primitif ou cela s'explique-t-il  par une catastrophe initiale, une déchéance, un drame caché dans les origines de l'espèce? Les hommes sont-ils naturellement fous ou est-ce le travail, ce pain qu'il faut gagner à la sueur de son front, qui les rend fous? Sont-ils des énergumènes et des possédés? Des exaltés? des tristes?
Blaise Cendrars 
Bourlinguer

mercredi 29 avril 2020

Le Polar Est Amour (36)



-C'est comme l'amour, dit-il. Le premier baiser est un enchantement, le second : une familiarité; le troisième: une habitude. Ensuite, on a plus qu'à déshabiller la fille.
-Ca vous déplaît tant que ça? lui demandai-je.
-C'est une émotion d'un autre ordre. Remarquez que je ne crache pas sur la bagatelle; c'est une chose nécessaire, mais il faut soigner la mise en scène. Pour que ça reste fascinant, c'est tout un art.
Raymond Chandler
The long Good-Bye
(Sur un Air de Navaja)
Série Noire N°221

lundi 27 avril 2020

Lecture de la Bible




Bien, ce confinement, très bien même. Aucun moyen de se procurer de livres nouveaux alors, que pouvons-nous faire? Relire la Bible,évidemment. Notre Bible à nous, notre Recherche, c'est la Moisson Rouge de Hammett. La Moisson, où nous trouvons dès les premières pages avec l'explication de Bill Quint (dit le Rouge) la description parfaite de ce qu'est devenu notre monde dit civilisé. Un monde parfait qui s'écroule devant nos yeux ébahis parce qu'un attardé a dégusté, un beau jour, un bon petit pangolin. Un livre Saint  lut et partagé par de nombreux apôtres qui, au fil des chapitres, ne cesse de poser les bonnes questions. Montons en chaire pour clamer haut et fort que "qui n'a pas lu cette bible n'est pas digne de porter la parole ne notre genre préféré."
Amen.

lundi 20 avril 2020

Confinement (35)






(Traduction de crise)

Encore une putain de journée
a boire dans la cuisine
et plus tard, quand la nuit tombe
être toujours dans la cuisine.
Rien qu'une putain de journée
A nourrir les gosses et les chats.
Plus tard, regarder Netflix
et dormir.
Rien qu'une putain de journée.
Je la passe avec toi
toujours pas le choix
Une journée si banale
j'en pleurerai.
Je m'rappelle  de nos Week-end
C'était poilant.
Rien qu'une putain de journée
Je la passe avec toi
toujours pas le choix.
Pas de danger que je devienne
quelqu'un d'autre
Tu ne me laisses jamais seul
Tu ne me laisses jamais seul
hélas.
Sûr qu'on ne va pas tarder à récolter
ce qu'on a semé.


mardi 14 avril 2020

Confinement (28)



A la seconde : ville morte

Du Montana juste quelques mots avant d'aller en ville: il faut bien qu'il y ait quelqu'un pour aller en ville aujourd'hui. Parce que si tout le monde restait chez soi, la ville serait vide. Parce qu'alors il n'y aurait pas de voitures et les rues seraient désertes; les magasins eux seraient tous hantés-absence de tout un chacun par un mercredi de non-vacances. La chose pourrait même faire la une du bulletin de six heures. 
On en ferait plaisanterie pour faire rire les gens:
"Aujourd'hui, à Livingston, Etat du Montana, population sept mille habitants, tout le monde a décidé de rester chez soi: depuis vingt-quatre heures Livingston est une ville morte. Aucune raison officielle n'a encore été donnée à un événement qui pour l'instant reste unique en son genre. Contacté en fin d'après-midi par la chaine de télévision ABC, le maire de la ville s'est refusé à tout commentaire: que le Montana soit le dernier avant-poste avant l'inconnu, voilà ce que nous pouvons maintenant déclarer sans risque d'erreur."
Et sur le visage du speaker s'ancre un large sourire de speaker : aussi large que l'ancre du Titanic en train de couler à pic.
Sauf qu'ici personne n'a envie de ça: il faut absolument que j'aille en ville et là, bien haut me fasse voir. J'espère que nombreux seront ceux qui suivront mon exemple. Parce que non, je n'ai aucune envie d'aider par mon absence à ce qu'une seconde la ville ne soit plus qu'un fantôme.

Richard Brautigan
Tokyo-montana express