mardi 20 février 2018

Vieilles demeures (2)






Dans cette ancienne demeure est née,
il y a bien longtemps,

L'alchimiste française Laure Tin-man.

Au coeur de la période dorée dite des « trente glorieuses »

cette femme courageuse et déterminée

met au point le procédé pour changer l’or

en fer blanc.

Elle avait probablement fait sienne
la devise du Maître Rubens :

« j’ai tranché le nœud doré de l’ambition
et retrouvé ma liberté. »

Julius Marx

samedi 17 février 2018

Vieilles demeures










Dans cette maison est né Victor Aeiouy

homme de lettres et

inventeur des voyelles.

Même si les jeunes générations

les oublient volontairement

les poètes et les écrivains

n’ont jamais cessé des les cajoler.

Ils ne se lassent pas de célébrer

dans leurs écrits ce génial inventeur

Et en particulier Georges Pérec,

bien entendu.

Julius Marx



samedi 3 février 2018

La part sublime de la vie



C’est justement dans la mesure où je porte un amour très grand à des formes du passé- non seulement la grande littérature, non seulement le polar, non seulement le cinéma fier de lui-même, celui de Vidor ou Dovjenko ou cent autres, mais tout l’art, tout de qui pouvait être la part sublime de la vie, et abstraite d’elle,dans d’autres époques- c’est justement dans cette mesure que je n’aime ni l’art moderniste qui veut se rapprocher de la vie, ni les distractions creuses à quoi je collabore faute de mieux, ni la vie elle-même, devenue entièrement misérable.
Ca va s’arranger peut-être. Mais on versera beaucoup de sang. Approchant de la quarantaine, l’idée que beaucoup de sang va être versé, pendant un temps indéterminé, ne m’emplit pas d’enthousiasme.
Sauf quelquefois, la nuit, en rêve.

Jean-Patrick Manchette

Cinématographe n°63
« Le Film noir français »
Décembre 1980

mercredi 31 janvier 2018

Le Polar Est Amour (31)






Je la regardais en me demandant pourquoi je ne pouvais pas jouer le jeu, lui dire que je l’aimais vraiment et en finir. Mais, moi qui avait tant de fois chanté ces mots, en trois ou quatre langues différentes, je les avais toujours trouvés ridicules et j’avais eu tant de mal à les prononcer.Alors, j’ai senti que je les haïssais, non pas pour ce qu’ils expriment, mais justement pour ce qu’ils n’expriment pas. Ils veulent tout englober, mais ils ne disent pas ce que l’on sent en soi-même, dans son ventre comme ailleurs. Ils laissent entendre que l’on mourrait pour une femme, mais ils cachent la soif que l’on a d’elle, ce besoin d’être simplement auprès d’elle, ou même de savoir qu’elle n’est pas loin…
-Je saurai t’en dire bien davantage, Juana, mais ce n’est pas la peine.
-Eux nous prendre, eux nous tuer.
-Alors, tu veux bien tenter la chance ?
Elle a mis longtemps à me répondre et avant, elle m’a pris la main et l’a pressée.
Puis, elle a levé les yeux et j’ai su que quoi qu’il advienne, tout ça n’était pas du vent. C’était sérieux.
-Oui
James M.Cain
Sérénade

dimanche 21 janvier 2018

Châtillon-Montrouge





Coincé entre l'affiche du dernier thriller "haletant"
et celle d'une poudre à laver "révolutionnaire"
le poète ne bronche pas.
Il sait,
Il sait qu'il sera délogé
un matin brumeux comme ce matin là,
sur le quai du métro 
direction Châtillon-Montrouge,
par un ouvrier déjà fatigué
qui le collera dans une caisse
avec les autres.
Il sait,
il sait que ses mots ne se laisseront pas enfermer.
Julius Marx

mercredi 17 janvier 2018

Carver






Au fil du temps, tout vous lâche sauf l'espoir, puis
lui aussi desserre son étreinte.
Il n'y a pas assez de quoi que ce soit
tant que nous vivons. Mais par intervalles
une douceur surgit et, avec un peu de chance,
s'impose.


mercredi 6 décembre 2017

La vraie vie

 



La vraie vie n’est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux. C’est ce que disait Elster, ce qu’il répétait, de plus d’une façon. Sa vie se déroulait, disait-il, quand il était assis, les yeux fixés sur un mur nu, à penser au dîner. Une biographie de huit cents pages, c’est une conjecture morte, rien de plus, disait-il.
Lorsqu’il tenait de tels propos, je le croyais presque. Il disait que c’est ainsi pour nous tous, tant que nous sommes, que nous ne devenons nous-mêmes que sous un flot de pensées et d’images indistinctes, au fil d’une vague rumination sur l’échéance de notre mort. Voilà comment nous vivons et pensons, que nous le sachions ou non. Ce sont ces pensées en vrac qui nous viennent quand nous regardons par la fenêtre du train, ces petites bavures grisâtres de panique méditative.
Don De Lillo
Point Omega