Grand'place
Des bataillons de fourmis sortent en ordre dispersé.... Petits corps gris, frêles, antennes frémissantes.
Le carillon du Beffroi vibre. L'aiguille des minutes s'ébranle. Le bourdonnement de la colonie devient sourd.
Les colonnes se croisent, se bousculent. Quelques bons soldats tombent sur la place d'honneur, d'autres en profitent pour les piétiner. Seuls les plus forts survivront !
Le café avait dû avoir un style, une chaleur particulière
Le propriétaire est grand gris et gras. Ses yeux bleu pâles n'invitent pas à la familiarité.
L'iguanide brandit une bouteille au long goulot. Devant lui, il pousse trois petits verres, verse à la ronde.
Il jette un oeil sur l'intrus.
Outis referme la porte derrière lui. L'intérieur sent l'huile rance, la transpiration, déjà.
Face au patron, trois ouvriers en bleus de travail.
-C'est dingue ! fait un des ouvriers
-Ouais, approuve un autre en attrapant son verre dans sa grosse main.
-Pouvez me croire, j'me laisserai pas faire, grogne le patron en reposant la bouteille sur le comptoir.
Outis s'approche et opte pour une position retranchée.
-Un café, s'il vous plait.
-Z'on qu'a venir, y verrons, continue le patron sans regarder Outis.
Puis, il disparaît de son zinc. Les trois types en profitent pour vider fissa la contenu de leurs verres.
Guignol refait subitement surface en brandissant un fusil Tarzan à canon scié.
-J'tire dans le tas ! beugle-t-il en pointant son arme sur le trio.
-Fais pas de connerie René, demande le plus courageux des trois.
Ses deux copains sont déjà couchés sur la carrelage.
La grosse tête de René, patron de bar, pivote alors sur la droite et s'arrête sur Outis.
-Z'êtes qui vous, ramasseur, flic... hein, dans quel camp ?
-Aucun des deux, répond Outis avec calme.
Les trois ouvriers se bousculent vers la sortie. Le son bref d'une sirène, dehors, claque comme un coup de fouet.
-C'est ça, barrez-vous, tas de bâtards!
Sa trogne est rouge écarlate. Il souffle et lâche le fusil. Outis s'approche
-Et mon café?
-Ca va, ça va, grogne tête en feu.
Il s'agrippe au percolateur, fait jouer le levier, sortir un jet de vapeur.
-C'est quoi cette histoire de ramasseur ? demande Outis
L'autre ne répond pas, se concentre sur son job. Le café coule lentement dans la tasse.
-Je viens de vous dire que je n'appartiens à aucun des deux camps. Je suis arrivé dans cette ville hier.
-Alors, repartez , grogne le patron. C'est un conseil que je vous donne.
Il pose la tasse. Une bonne partie du café se renverse dans la soucoupe.
Outis fixe la tasse et reviens sur le patron.
-Merci du conseil, dit-il avant de sortir.
-Pas de quoi, répond le patron à la porte qui se referme.
Les fourmis, toujours..
Colonnes montantes, colonnes descendantes... la direction? Le I majuscule du Beffroi et ses immeubles blocs attenants. Un I majestueux, longue parenthèse tracée au crayon gras sur l'épaisse couche de brume fuligineuse.
Outis grimace. Dans sa poche, il a suffisamment d'argent pour rejoindre la capitale et oublier illico toute cette histoire. Fuir cette ville et son odeur d'égout, en oubliant du même coup Valance, Libman et les autres.
Il se souvient d'une phrase de son auteur préféré.
L'histoire est un éternel recommencement de la victoire du petit David la vérité sur le grand Goliath du mensonge.La chose essentielle, est que David continue le combat.
Tangible Stake : les manipulateurs
Outis lève les yeux. Il décide de tenter sa chance du côté des autorités.
(A suivre )
"J'aime lire allongée sur un canapé, mais ceci n'est pas une profession, hélas." Fran Lebowitz
vendredi 29 avril 2011
Entente cordiale
Si j'écoute (et si je comprend bien) une bonne partie des dirigeants européens affirme entretenir d'excellents rapports avec les populations des pays concernés par ce qu'on appelle désormais dans les médias " les révolutions arabes".
Comme l'écrivait Paul Morand " les discours politiques sont faits de mots abstraits s'envolant comme des ballons gonflés d'air irrespirable vers un firmament où ne brillent que des verbes au futur."
En fait, les pays industrialisés n'ont jamais entretenus ni réel dialogue, ni liens étroits avec ceux qu'ils ont colonisés. Les seuls vrais rapports qui ont existé, et qui existent toujours, sont : le rapport de force, l'hégémonie économique et culturelle.
Le rapport de force est évident. Il se résume de façon claire : Laissez-nous vous montrer comment il faut faire, car nous savons.
Pour l'Hégémonie économique, c'est encore plus simple : faites comme on vous dit, sinon pas d'argent.
Et, c'est un peu la même chose avec la culture : organisez spectacles et manifestations, écrivez des scénarios qui nous conviennent et nous les financerons.
Le système, qui a tenu bon jusqu'ici, montre aujourd'hui ses failles. L'Europe injecte de plus en plus d'argent via les industries implantées sur place, les services d'actions culturelles ou les ONG. Tout ce joli monde est réuni, une main sur le coeur et l'autre dans la poche, pour un but commun : le développement.
Pourtant, il est évident que de réel développement il n'y a point. Dans les industries, la formation n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Mais, bien entendu, ceci n'empêche nullement le chiffre d'affaires de progresser allègrement. La culture est toujours sous tutelle et ne produit que des copiés-collés des originaux. Les ONG
ne peuvent que constater, impuissantes, que rien n'avance et que les différents programmes imposés ne sont, pour la plupart, pas en adéquation avec les vrais besoins des populations.
Pendant ce temps là, les industries produisent à bas prix et les tour-opérateurs vendent du séjour all inclusive, ô combien nécessaires au confort du consommateur européen.
Puisque nous avons débuté par Paul Morand, finissons de même :
"Tout est mensonge, impostures: les images, les ondes, les paroles. Les hommes d'état mentent pour être riches , les Premiers ministres pour ne pas être chassés, les ministres des finances parce que le mensonge protège les changes et les diplomates par profession."
Laissons le mot de la fin à Jules Renard : "j'ai les dégoûts sûrs".
Julius Marx
Ps: Je parle bien entendu de développement et non pas de l'aide d'urgence.
Il y a aussi, c'est un fait, des hommes et des femmes qui oeuvrent sur place et dont l'action et la franchise ne peuvent pas se discuter. Ceux-la entretiennent souvent d'excellents rapports avec ceux qu'ils viennent aider.
jeudi 28 avril 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (20)
Le jour, déjà..
Un ciel porcelaine avec, pourtant, quelques giclures de lune çà et là.
Debout près du lit, Outis fait l'inventaire des dégâts.. Morbide. Du coup, la chambre est devenue beaucoup moins singulière. Il essuie tout ce qu'il peut essuyer avec une serviette prise dans la salle de bains.
Dans le hall
Une petite brune qui joue à la femme fatale a remplacé l'homme de nuit. Elle lit le programme télé de la soirée.
Elle ne lève même pas les yeux lorsque Outis emprunte le grand hall.
Le restaurant est ouvert.. Quelques clients déjà attablés / trois ou quatre serveurs fatigués.
Outis rêve d'un café de la Jamaïque Blue Mountain. Pure fiction. Il sort
Sur le trottoir face à l'entrée de l'hôtel, la Renault 21 est toujours là. Surpris dans un demi-sommeil, le conducteur se redresse vivement en apercevant Outis. Il attrape une carte routière et la déplie sur le volant.
Outis frôle la voiture. Le type tient sa carte à l'envers.
Avalé par deux bourrasques mugissantes, Outis remonte la rue dite tranquille, longe de vilains pavillons de briques rouges alignés comme des cubes.
Hommage au ciel déchaîné, la neige tombe de nouveau ; d'abord fine, légère, puis envahissante.
A l'intérieur de son véhicule de service,
L'auxiliaire principal Mangin tente de se débarrasser de la fichue buée qui recouvre son pare-brise.
Puis, d'un seul coup, il ne voit plus le suspect..
Il jure, donne un grand coup de poing sur le volant. Contact / le moteur rugit / Mangin crispe les mâchoires.
La Renault 21 dérape / Mangin donne un coup de volant, enfonce rageusement la pédale d'accélérateur.
La voiture attrape une grande congère de neige , patine, mais reste miraculeusement sur la chaussée.
Exit la rue tranquille / où est -il?
Mangin voit surgir devant lui le grand camion des éboueurs, il jure.
La circulation est totalement coupée / Mangin pousse un soupir de dépit. Il saisit son carnet à spirales.
Le quai du métro est inondé
Outis doit marcher lentement pour ne pas glisser. Sur un banc, enveloppé dans un grand carton, un vieux dort.
Ses mains pendant en dehors du carton. Un bonnet lui cache la moitié du visage.
Au-dessus de lui, on vient de coller une affiche : une famille prend son petit-déjeuner en souriant comme des demeurés. La colle dégouline au bas de l'affiche et vient mouiller le paletot du vieux.
Outis est dans le métro. Un grand noir coiffé d' une casquette de cuir, les chaussures maculées de plâtre, récite le Coran . Il remue les lèvres comme s'il broyait des pépins de raisins entre ses dents jaunes, abîmées.
La neige crépite doucement contre les vitres du wagon.
Tout d'un coup, le métro ressort des entrailles de la ville cube entre deux interminables coulées d'immeubles.
Seules quelques fenêtres sont éclairées. C'est l'heure des misérables, des abonnés de l'aube.
Station Hôtel de Ville/ faux marbre pompeux. Sur le quai, des employés aux uniformes fluorescents tentent de réveiller un gamin en haillon qui ronfle, roulé en boule sur une banquette.
Un des hommes luciole pousse un mugissement
Le gamin lui vomit sur les manches de sa capote. Le bataillon luciole s'agite, vocifère. Le gosse tombe de sa banquette. Il se relève et regarde les bestioles qui l'entoure avec un regard vague.
Au sommet de l'escalier mécanique, une bise glaciale cingle méchamment le visage d'Outis.
Il se retrouve dans une grande avenue rectiligne qui entaille un quartier de bâtiments cossus. Chaque bâtiment possède, en son rez-de-chaussée , sa boutique de vêtements à la mode, son temple du gadget, sa succursale d'une chaîne de restauration rapide. Les rideaux de fer sont tous baissés.. L'heure de la consommation n'a pas encore sonnée.
(A suivre)
Un ciel porcelaine avec, pourtant, quelques giclures de lune çà et là.
Debout près du lit, Outis fait l'inventaire des dégâts.. Morbide. Du coup, la chambre est devenue beaucoup moins singulière. Il essuie tout ce qu'il peut essuyer avec une serviette prise dans la salle de bains.
Dans le hall
Une petite brune qui joue à la femme fatale a remplacé l'homme de nuit. Elle lit le programme télé de la soirée.
Elle ne lève même pas les yeux lorsque Outis emprunte le grand hall.
Le restaurant est ouvert.. Quelques clients déjà attablés / trois ou quatre serveurs fatigués.
Outis rêve d'un café de la Jamaïque Blue Mountain. Pure fiction. Il sort
Sur le trottoir face à l'entrée de l'hôtel, la Renault 21 est toujours là. Surpris dans un demi-sommeil, le conducteur se redresse vivement en apercevant Outis. Il attrape une carte routière et la déplie sur le volant.
Outis frôle la voiture. Le type tient sa carte à l'envers.
Avalé par deux bourrasques mugissantes, Outis remonte la rue dite tranquille, longe de vilains pavillons de briques rouges alignés comme des cubes.
Hommage au ciel déchaîné, la neige tombe de nouveau ; d'abord fine, légère, puis envahissante.
A l'intérieur de son véhicule de service,
L'auxiliaire principal Mangin tente de se débarrasser de la fichue buée qui recouvre son pare-brise.
Puis, d'un seul coup, il ne voit plus le suspect..
Il jure, donne un grand coup de poing sur le volant. Contact / le moteur rugit / Mangin crispe les mâchoires.
La Renault 21 dérape / Mangin donne un coup de volant, enfonce rageusement la pédale d'accélérateur.
La voiture attrape une grande congère de neige , patine, mais reste miraculeusement sur la chaussée.
Exit la rue tranquille / où est -il?
Mangin voit surgir devant lui le grand camion des éboueurs, il jure.
La circulation est totalement coupée / Mangin pousse un soupir de dépit. Il saisit son carnet à spirales.
Le quai du métro est inondé
Outis doit marcher lentement pour ne pas glisser. Sur un banc, enveloppé dans un grand carton, un vieux dort.
Ses mains pendant en dehors du carton. Un bonnet lui cache la moitié du visage.
Au-dessus de lui, on vient de coller une affiche : une famille prend son petit-déjeuner en souriant comme des demeurés. La colle dégouline au bas de l'affiche et vient mouiller le paletot du vieux.
Outis est dans le métro. Un grand noir coiffé d' une casquette de cuir, les chaussures maculées de plâtre, récite le Coran . Il remue les lèvres comme s'il broyait des pépins de raisins entre ses dents jaunes, abîmées.
La neige crépite doucement contre les vitres du wagon.
Tout d'un coup, le métro ressort des entrailles de la ville cube entre deux interminables coulées d'immeubles.
Seules quelques fenêtres sont éclairées. C'est l'heure des misérables, des abonnés de l'aube.
Station Hôtel de Ville/ faux marbre pompeux. Sur le quai, des employés aux uniformes fluorescents tentent de réveiller un gamin en haillon qui ronfle, roulé en boule sur une banquette.
Un des hommes luciole pousse un mugissement
Le gamin lui vomit sur les manches de sa capote. Le bataillon luciole s'agite, vocifère. Le gosse tombe de sa banquette. Il se relève et regarde les bestioles qui l'entoure avec un regard vague.
Au sommet de l'escalier mécanique, une bise glaciale cingle méchamment le visage d'Outis.
Il se retrouve dans une grande avenue rectiligne qui entaille un quartier de bâtiments cossus. Chaque bâtiment possède, en son rez-de-chaussée , sa boutique de vêtements à la mode, son temple du gadget, sa succursale d'une chaîne de restauration rapide. Les rideaux de fer sont tous baissés.. L'heure de la consommation n'a pas encore sonnée.
(A suivre)
mercredi 27 avril 2011
Une chose fugace
VS Pritchett définissait la nouvelle comme "une chose fugace qu'on entrevoit en passant, du coin de l'oeil".
Il y a d'abord cette vision fugace. Ensuite, la vision fugace s'anime, se mue en quelque chose qui va illuminer l'instant et va peut-être laisser une empreinte indélébile dans l'esprit du lecteur, qui l'intégrera à son expérience personnelle de la vie, pour reprendre la belle formule de Hemingway. Pour de bon. Et à jamais. C'est là tout l'espoir de l'écrivain.
Lecteur ou auteur, bienheureux est celui qui, ayant achevé les dernières lignes d'une nouvelle, reste un moment pétrifié sur place, à ruminer sur ce qu'il vient de lire ou d'écrire. Dans l'idéal, il faudrait que notre coeur, ou notre esprit, en ait été un tant soit peu chamboulé. Que notre température se soit élevée ou abaissée d'un degré.
Qu'ensuite notre respiration retrouve son rythme normal et que, nous ressaisissant, redevenant ces "créatures de sang chaud et de nerfs", comme le dit si bien l'un des personnages de Tchekhov, nous nous levions pour passer à autre chose : la vie. Toujours la vie.
Raymond Carver " A propos de Where I'm Calling From"
in "N'en faites pas une histoire"- Collection Points- 1996
Bon, alors, voici les principales nouvelles qui m'ont pétrifié sur place et dont je rumine encore le contenu et le style.
-Dans la maison de Suddho -Rudyard Kipling in "Simples contes des collines"
-La Capitale du monde -E.Hemingway in " Intégrale des nouvelles" -collection Quarto (Gallimard)
-Une paire de lunettes - Anna Maria Ortese in " La mer ne baigne pas Naples" (Gallimard )
-Dalyrimple tourne mal- Francis Scott Fitzgerald in "Histoire de Patt Hobby"( Editions de la Découverte)
-L'évangile selon Saint Marc -Jorge Luis Borges in "Le rapport de Brodie" (Gallimard)
-Rien - Luigi Pirandello in "Intégrale des nouvelles"- collection Quarto (Gallimard)
-Le cambriolage de Cava - Domenico Rea in "Jésus, fais la lumière ! " (Actes Sud)
-Cathedral -Raymond Carver in "Les Vitamines du bonheur" ( Mazarine)
-J'ai essayé de te décrire à quelqu'un -Richard Brautigan in "La vengeance de la pelouse" (10/18)
mardi 26 avril 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (19)
Dehors
Outis est debout sur le muret de la façade de l'hôtel de la Paix, le dos plaqué contre le mur, muscles tendus. Il épie le moindre son qui le pousserait à agir. Il pense / pour : l'effet de surprise- contre : ils sont deux et probablement moins idiots que ceux qu'il a affrontés jusqu'ici ( la chance ne se présente pas deux fois).
Il cesse le petit jeu des pourcentages et avale difficilement sa salive. Les rafales de vent le coupent en morceaux.
Une crampe monte lentement dans sa jambe gauche. Il ferme les yeux.
En position assise
Une grosse couverture roulé dans son dos, Davis ouvre légèrement les paupières puis la bouche.
Sa langue sort prudemment et explore ses lèvres, les humectant au passage.
Le blondinet approche son angélique visage très près. Le cliché composé peut servir d'illustration pour une publicité ventant les mérites de la chirurgie esthétique avec les deux adverbes indissociables : avant/après.
-Alors? demande simplement l'ange descendu du ciel
-Qui... qui êtes-vous, soupire Davis
Le blondinet sourit
-Je suis ton sauveur... Il est temps de penser au salut de ton âme, tu ne crois pas?
Davis ouvre plus grand les yeux. Il tente de se redresser mais, grimace de douleur.
-Je ne suis pas...
Il grimace de nouveau
-Tu ne dois pas avoir peur de nous, poursuit Blondinet. Parle sans crainte. Nous avons l'habitude de recueillir les confidences de ceux qui, comme toi, se sont écartés du bon chemin.
-Vous... Vous êtes cinglés...souffle Davis d'une voix rauque
Nez de boxeur grogne et sort de son imperméable un revolver russe Nagant de calibre 7, 60mm.
Davis écarquille les yeux
-Allons, pas d'injure, reprend le blondinet d'une voix toujours douce et mélodieuse, il est temps maintenant de tout nous dire. Je vais te poser trois questions et tu nous répondras.
(Il se penche encore un peu plus, son beau visage est très proche de l'immonde tête de Davis )
Qui sont tes employeurs? Qui t'a donné le film.. Et enfin, qui devait te l'acheter?
-Vous êtes deux dingues.. Répond Davis en agitant la tête
Le blondinet laisse échapper un profond soupir et se redresse.Puis, sa main fait un vague signe de croix au-dessus de Davis.
Nez de boxeur fait un grand pas en avant et laisse partir son bras droit. La crosse du gros revolver brise la mâchoire de Davis, le projette contre la tête de lit.
-Ca te plait ? demande Blondinet.
Sa voix est chaude, toujours mélodieuse.
Davis roule sur lui-même, tente d'agripper l'imperméable de son agresseur mais, nez de boxeur l'évite facilement. La crosse retombe une deuxième fois, avec plus de force, trouve la tempe de Davis.
Le blondinet s'écarte, la partie supérieure de Davis tombe sur la moquette, l'autre reste sur le lit.
Nez de boxeur s'apprête à frapper encore une fois. Son complice l'arrête d'un geste du bras. Il se penche sur la partie supérieure de Davis.
-Tu es prêt à parler mon fils?
Davis grogne, expulse un flot de sang sur la moquette.
-Allez, soulage toi
-Richard, expire Davis
-Richard, le notaire ?
-Oui, expire encore Davis, avant que la partie inférieure ne bascule à son tour hors du lit.
Le blondinet fait un pas de côté et contemple un moment, pensif, le corps étendu à ses pieds. Puis, il joint l'index et le majeur, et dit, en faisant le signe de croix.
-Il te sera beaucoup pardonné, même si tu as beaucoup pêché.
-Arrêtes tes conneries, rigole nez de boxeur.
Il fait le tour du lit, attrape un gros oreiller puis revient le plaquer sur le visage ensanglanté de Davis.
-Amen, dit le blondinet.
Nez de boxeur enfonce profondément le canon de son revolver dans les plis de l'oreiller et fait éclater la tête de Martial Davis.
Un bruit sourd, étouffé
Outis n'identifie pas l'origine de ce bruit. Une moitié de son visage est gelée. Il est sûr d'avoir perdu une oreille et son nez et ne sent plus ses jambes.
Quelqu'un est dans la salle de bains. Il n'a pas prit la peine d'allumer la lumière.
L'eau coule.
-Alors, tu viens?
Le vent, encore...
Une porte qui claque / plus rien.
Outis se glisse de nouveau dans la salle de bains par la fenêtre, glisse et vient échouer sur le carrelage froid.
Profond silence..
Enfin.
(A suivre)
lundi 25 avril 2011
Juste une image
Je me suis souvenu de cette photo prise sur les toits d'un immeuble de Tunis.
Cette "chambre" réservée aux employés et située sur les toits (probablement pour être plus proche du ciel) est l'équivalent de la célèbre "chambre de bonne", indissociable des immeubles bourgeois parisiens.
Gardons le silence, inutile de mettre des mots. Pourtant, il suffit de lire "L'immeuble Yacoubian"de l'égyptien Alaa El Aswany pour voir apparaître une multitude de personnes devant la porte de la chambre.
samedi 23 avril 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (18)
La voiture avance au pas.
Le moteur ronronne comme un chat.
Dans un ciel encre de Chine, uniquement tâché d'une petite lune rachitique, les deux hommes aperçoivent au même instant la lueur rouge.
-Là ! font-ils ensemble
Le boxeur effectue un demi-tour complet et vient se ranger devant la porte de l'hôtel de la Paix.
L'auxiliaire de police Mangin note scrupuleusement le numéro de la plaque minéralogique.
Sur la page de son petit carnet à spirales, il note aussi le signalement des deux hommes qui descendent de la voiture. Ces renseignements figurent juste au dessous de ceux concernant une autre voiture, une Rover de couleur grise.
Le méthodique Mangin consulte l'horloge du tableau de bord de sa Renault 21, écrit 4h17, puis glisse son stylo dans la spirale du carnet.
Le prévoyant Mangin attrape alors la bouteille Thermos, à côté de lui, sur le siège passager.
Il boit. Il jette un oeil à l'intérieur de la bouteille. Il pense : encore deux heures avant la relève et il me reste à peine deux tasses de café.... J'ai les doigts de pied gelés.. Putain de métier.
Une voix lointaine et grésillante le fait sursauter.La radio.. Il renverse du café sur son pantalon.
C'est Mantovani , le sergent de nuit. La voix aigrelette, agressée par les parasites, dialogue avec une autre, plus grave.
-Dis-donc Paulo, tu sais comment il est mort le capitaine Crochet, demande l'aiguë grésillante.
-Bah non, répond la grave, après quelques secondes de réflexion.
-En se grattant les couilles ! éclate l'aiguë.
Les deux tonalités se rejoignent dans une franche rigolade.
Le triste Mangin ne desserre même pas les lèvres. Mantovani lui a déjà raconté cette blague au moins dix fois.
Dans un synchronisme parfait, les deux tueurs poussent la porte de l'hôtel
Dans son box étroit, le réceptionniste ronfle, avachi, la tête rejetée vers l'arrière, la bouche grande ouverte.
Le duo enfile l'escalier. Leurs pas sont calculés, lents. Leurs visages restent impassibles, ils sont totalement concentrés sur leur mission.
Deux étages plus haut
Martial Davis, allongé sur le lit d'Outis, dort paisiblement. Ses mains sont pieusement croisées sur sa poitrine.
Sa chemise déboutonnée révèle un triangle de peau flasque, semé de quelques poils gris.
Sa bouche est entrouverte, sa lèvre inférieure tremble mollement à chaque expiration.
Triste spectacle...Penché au-dessus de lui, Outis l'abandonne en grimaçant.
Dans la salle de bains, il s'apprête à avaler un grand verre d'eau tiède et légèrement trouble. Après réflexion, il en vide la moitié dans le lavabo.
L'enseigne de l'hôtel projette de manière intermittente une bande rougeoyante par l'unique fenêtre.
Outis passe la tête dehors. Une bourrasque glaciale lui balance une gifle magistrale.
Il revient dans la salle de bains. Encore sous le choc, il titube.
Puis, subitement, il se fige.
Enter two murderers
Deux voix étouffées. Outis se plaque contre le mur pour échapper à la lumière de l'enseigne.
Il bloque sa respiration, dirige lentement sa main vers l'automatique glissé dans la ceinture de son pantalon.
Les deux voix sont maintenant plus proches, plus distinctes.
-T'as vu sa gueule, qu'est-ce qu'il a fabriqué ce con?
-Regarde..
Outis fixe la fenêtre / expire lentement.
Le gros doigt de nez de boxeur pointe les poignets ficelés de Davis
- Hé, Il est ligoté !
-Oui, approuve le blondinet. Ca veut dire qu'il a déjà reçu de la visite.
(Il montre les débris de verre, là, sur la moquette.)
Il s'est sûrement rebiffé, mais l'autre l'a assommé avec le lampadaire.
Nez de boxeur approuve la force de déduction de son partenaire en dodelinant sa bûche de tête, en s'efforçant d'avoir l'air attentif, concentré. Mais, ce qu'il attend avec impatience c'est le moment de passer à l'action.
-Qu'est-ce qu'on fait ? demande-t-il
-Réveille-le, répond le blondinet
Le visage de nez de boxeur s'illumine.
Inscription à :
Commentaires (Atom)








