samedi 18 octobre 2014

Une fenêtre, une pipistrelle et Harlan Coben


Notre immeuble est planté dans le sable, comme les pyramides toutes proches, mais depuis moins longtemps. Aussi loin que porte l’œil, on ne voit que du sable et des cubes empilés... des petits, des grands; un vrai jeu de construction pour gosses de riches.
La résidence est totalement sécurisée mais les maisons sont bien loin d’être toutes achevées. A certains cubes, il manque des fenêtres, à d'autres, les escaliers pour accéder aux étages supérieurs. De très longs boulevards hérissés de réverbères rococos, d’arbres chétifs et, à chaque carrefour, des guérites délabrées comme des vieilles boites de fer blanc quadrillent le territoire.  Un vrai décor de cinéma, là, dans le sable, à deux pas du désert, à une trentaine de kilomètres du Caire. Les promoteurs  l’ont même appelé  Berverly Hills, pensez donc ! J’étais venu avec un mince espoir  de retrouver l'univers de Durell ou de Cossery, je suis tombé dans le monde dystopique de HG Wells et d’Orwell  (J’ai appris cet adjectif grâce à la prof de français qui habite au rez-de-chaussée.) Pourtant, pas de quoi se plaindre ; venant d’Abidjan, nous sommes passés de l’ombre à la lumière.
Je suis très occupé à observer une colonie de huppes qui picore les huit mètres carrés de gazon anglais vert tendre, devant la baie vitrée du seul couple égyptien de l’immeuble. Hier après-midi, j’ai vu un faucon, ou un aigle peut-être, il faudra que je demande  au locataire du second (ce type connait le nom de tous les oiseaux de la  planète !) J’aime me tenir debout, devant ma grande fenêtre et profiter du spectacle.  
Les pipistrelles sortent entre cinq heures et demie et six heures. Et les voilà qui tourbillonnent entre les blocs d'immeubles. Je n’ai rien lu depuis plusieurs semaines. La femme du spécialiste des oiseaux m’a prêté un livre de Harlan Coben. J’ai trouvé ça si consternant que je suis retourné illico à ma fenêtre. Il faudra que je pose un rideau.
On frappe. Un ouvrier enturbanné me fait admirer son large sourire  qui découvre ses quatre dents. Il me propose de faire un trou dans ma porte pour y poser un Judas. J’ai bien envie de lui parler de l’incongruité de la chose mais je renonce.
Quand je referme la porte, il sourit toujours.

Retour à la fenêtre.
Le jour va bientôt tomber, mon quart d'heure préféré.
Julius Marx

5 commentaires:

  1. de la dystopie ... une découverte récente pour moi aussi, il faut bien tâcher de prendre un peu d'avance sur ses élèves !

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    1. Chère Elise,
      Mon mail est hors d'usage pour le moment. Heureusement, les commentaires arrivent toujours. Je profite donc de celui-ci pour vous remercier encore de votre fidélité. Ici, au Caire, tant de choses à raconter encore.
      Amitiés
      Julius

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  2. patrice, je lis avec joie que vous avez quittés la côte d'Ivoire pour le Caire. une nouvelle pages se tourne encore!

    Vielo

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    1. Eh oui, Mr Vielo. Et j'ai même Skype depuis hier soir ! A +

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  3. super mec, enfin je vais pouvoir t'entendre, et il faudra discuter de nina parce
    que je suis sur la fin de mes livres et je pense que nina demande à être adaptée en BD . a voir....

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