jeudi 19 novembre 2020

Plus qu'à une rapide pulsation de la mort





"C'est curieux", se dit-il, et à ce moment, il entendit un frottement derrière lui, et sans raison très précise, la peur soudain l'envahit, une peur qu'il n'avait jamais connue auparavant. Une peur, sauvage, animale,. Avant d'avoir pu faire un geste, il sentit un léger attouchement au bord de son chapeau, par derrière, et alors il comprit qu'il allait arriver quelque chose d'horrible, et qu'il n'était plus qu'à une rapide pulsation de la mort. La sortie de l'impasse et le minuscule point lumineux qui signifiaient le salut étaient à des milliers de kilomètres de lui. Un cri de terreur contracta sa gorge, mais avant qu'il eût pu jaillir, ses tympans éclatèrent, et le minuscule point lumineux qui était le bout de l'impasse, avec une soudaineté terrifiante, fonça sur lui, rouge, hurlant, irrésistible. 
Il savait qu'on le tuait et il ne pouvait pensait qu'à une seule chose: "Et si Myra s'était arrêtée ce matin-là, pour prendre son café?"
Puis le somment de son crâne vola en éclats et il tomba, le visage en avant, sur la poubelle, tandis que ses doigts montaient vers sa figure pour tâcher de boucher son nez.

Horace Mc Coy
No Pocket in a Shroud
(Un linceul n'a pas de poches)

La dernière page du Linceul fait maintenant partie des classiques de la littérature noire. Même si nous l'avons déjà lue et relue, il est extrêmement salutaire de refaire un petit passage sur cette page en nos temps troublés. Pensons nous aussi à nous boucher le nez.

Pour illustrer ce texte, impossible de ne pas penser à la scène finale de Touch of Evil de Welles.

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