"J'aime lire allongée sur un canapé, mais ceci n'est pas une profession, hélas." Fran Lebowitz
samedi 22 décembre 2018
Une attirance viscérale
Dehors, enfin, il faisait frais. Il alluma sa première cigarette du jour en regagnant sa voiture. En débouchant dans Sands Boulevard pour remonter vers le Strip , il découvrit la lumière dorée que le soleil projetait sur les montagnes à l'ouest de la ville. Le Strip était encore illuminé par un million de néons, bien que la foule sur les trottoirs se soit considérablement réduite à cette heure. Malgré tout, Bosch fut subjugué et intimidé par ce spectacle de lumières. De toutes les couleurs et de toutes les formes inimaginables, c'était un gigantesque entonnoir d'incitation à la cupidité qui brûlait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Las Vegas ressemblait à une pute de Sunset Boulevard à Hollywood. Même les hommes heureux en mariage lui jetaient un regard, ne serait-ce qu'une seconde en passant, pour se faire une idée du monde qui les entourait, ou se donner des idées. Las Vegas, c'était pareil. Il y avait là une attirance viscérale. Une promesse effrontée d'argent et de sexe. Mais, dans le premier cas, il s'agissait d'une promesse non tenue, un mirage, quant au second, il était rempli de danger, de dépenses, de risques physiques et mentaux. C'était là que se trouvait le véritable jeu dans cette ville.
Michael Connelly
Trunk Music
Le Cadavre dans la Rolls
dimanche 16 décembre 2018
Pensées sauvées du sable (5)
Double-vie
Comment supporter cet éternel combat entre le colonisateur et sa propre culture? En faisant en sorte d'adopter provisoirement ( et souvent maladroitement) le point de vue du colonisateur le jour et en reprenant ses propres habitudes la nuit. Vous l'avez compris, le peuple égyptien se doit d'optimiser ses rares périodes de sommeil. Ce que les observateurs étrangers (Cocteau l'avait déjà souligné dans son livre Malesh) prennent pour de la nonchalance, voir de la fainéantise, n'est en fait que le résultat de cette double-vie. Un jour qui somnole, une nuit qui éclate, qui déborde souvent, c'est ainsi. Pour combien de temps encore?
mardi 11 décembre 2018
Un sacré vieux film !
Ramené une bonne vingtaine de polars de France. Un à un, il me tombe des mains (j'adore cette expression si juste). Il faut dire que je conserve précieusement un Ed Mc Bain et deux Winslow pour la fin. Je suis comme le type qui mange des asperges et garde les têtes dans un coin de son assiette pour les déguster à la fin. Ces auteurs ne sont que des auteurs de littérature blanche déguisés en méchants. De pénibles imitateurs de Jim Harrison qui ne font que gâcher des lignes et des lignes pour nous parler du ciel et de la nature. Et surtout, pas une vraie scène de violence digne de ce nom. Consternant et très énervant. Il y a tout de même des surprises, heureusement (pour le moment une seule) ce jeune auteur qui ne renouvelle pas le genre mais qui sait écrire. Pas une description du ciel depuis le début de ma lecture et déjà trois morts et un kidnapping, et j'en suis à la page 100 ! Un petit extrait (ce sont trois détectives privés qui discutent).
" Je me souviens de Bogart en Spade, dit Joe en interrompant mes pensées. J'étais gamin quand je l'ai vu pour la première fois, et j'ai quelques années de plus que vous. C'est un sacré vieux film. Comment s'appelle le mec qui a écrit le bouquin?
-Dashiell Hammett.
Kinkaid et moi répondîmes à l'unisson, ce qui nous fit tous rire.
-Qu'y avait-il donc de si fascinant dans cette histoire? dis en m'interrogant tout haut. C'est vrai quoi, le film était plutôt bon et Bogart était génial, mais, pour ce qui est de l'intrigue, je ne vois pas. Comment ce film a-t-il pu devenir un classique? Quand je pense que le bouquin est toujours en vente soixante-dix ans après.
-C'est la fin du film qui en a fait un classique, dit Kinkaid. L'idée que pour Spade la loyauté envers son associé est plus importante que l'argent ou l'amour. Il n'aime pas beaucoup son associé (il couche même avec sa femme), mais il a quand même cette loyauté…"
Michael Koryta
Tonight I said Goodbye
(La Mort du Privé)
dimanche 25 novembre 2018
Questionnaire pour initiés
Il était grand
temps de remettre en service ( et au goût du jour) ce questionnaire
très en vogue dans les années 1900 que l’on attribue généralement
(et à tort) à Marcel Proust. Le voilà donc devenu Noir pour ce
blog et pour le plus grand plaisir des amateurs.
1. Quelle est la
couleur que vous préférez ?
Le noir, évidemment.
2. Quelle est votre
odeur favorite ?
Celle du sang
3. Quelle fleur
trouvez-vous la plus belle ?
Le dahlia (noir de
préférence)
4. Quel animal vous
est le plus sympathique ?
Le chien de James
Ellroy
5. Quelle couleur
d’yeux et de cheveux préférez-vous ?
Celle d’une blonde
aux yeux bleus. Une blonde pour laquelle un évêque serait prêt
à briser les vitraux de son église.
6. Quelle est votre
occupation préférée ?
Lire, bien entendu.
7. Quel délassement
vous est le plus agréable ?
Aucun.
8. Quel est, selon
vous, l’idéal du bonheur terrestre ?
L’époque de la
prohibition aux Etats-Unis.
9. Quel sort vous
paraît le plus à plaindre ?
Celui des hommes qui
n’ont pas lu La Moisson Rouge.
10. Peut-on vous
demander l’âge que vous avez ?
Oui, vous pouvez
toujours demander.
11. Quel prénom
auriez-vous pris, si vous l’aviez choisi ?
Donald
12.Quel a été le
plus beau moment de votre vie.
Lorsque j’ai
ouvert un roman de Westlake pour la première fois.
13. Quel en a été
le plus pénible ?
Le jour où j’ai
appris la mort de Westlake
14. Quel est votre
principale espérance ?
Que James Ellroy
soit immortel.
15. Croyez-vous à
l’amitié ?
Vous voulez rire ?
16. Quel est, pour
vous, le plus agréable moment de la journée ?
Celui où j’adopte
la position du lecteur couché.
17. Quel personnage
historique vous est le plus sympathique ?
Aucun.
18. Quel personnage
de roman ?
Philip Marlow
19. Quel pays
habiteriez-vous de préférence ?
Les Etats-Unis
20. Quel quartier ?
Le 87eme district
21. Quel écrivain
préférez-vous ?
Dashiel Hammett
22. Quel devise
prendriez-vous si vous deviez en avoir une ?
Les salauds vont en
Enfer
23. Quel roman de
Manchette préférez-vous ?
La position du
tireur couché
24. Quel film noir
préférez-vous ?
Entre le ciel et
l’Enfer de Akira Kurusawa
25. Quel film
français ?
Série Noire,
pour Patrick Dewaere.
26. Qu’est-ce que
vous détestez le plus ?
Les romans policiers
écrits par des vieilles rombières
27. Quelle phrase
vous fait toujours sourire ?
« Son
costume avait l’air d’avoir été piétiné par un troupeau
d’éléphants. »et puis aussi : « le tapis était
si épais que le chihuahua aurait pu se perdre dedans. »
28. Qu’est-ce
qui vous donne envie de tuer ?
Les
séries policières françaises.
29.
Qu’est-ce qui vous transporte au septième ciel ?
Les
interviews de James Ellroy et ses chemises.
30.
Votre idéal féminin ?
Gene
Tierney dans Whirpool
samedi 24 novembre 2018
The Big Bad City
Les cours, c'est un autre monde.
On a l'impression de se retrouver à l'intérieur d'une sculpture moderne, un univers fantastique de cordes à linge et de poteaux téléphoniques, d'escaliers d'incendie, de briques grises de suie, de ciel bleu au-dessus de votre tête, partout des angles délirants, les lignes du bois, du fer et du béton sur les douces rondeurs ondulantes du linge mis à sécher. Un autre monde. La musique qui s'échappe des fenêtres, les dialogues des feuilletons télévisés qui se mêlent aux vraies voix, les bruits de chasse d'eau, les odeurs de cuisine flottant par-dessus les grillages et les murs, tout un monde secret, là derrière, caché de la rue. Excitant aussi, parce que intime. Comme la culotte entrevue d'une fille qui croise les jambes.
Ed Mc Bain
The Big Bad City
(La cité sans sommeil)
dimanche 4 novembre 2018
Les pensées de Franck
En Amérique, cinq enfants sont tués chaque jour. Un taux cinq fois plus élevé que dans les vingt-cinq pays les plus développés du monde réunis, et je me demande ce que cela révèle de nous en tant que pays.
Les sociétés les plus primitives protègent leurs enfants.
Enquêteur Franck Decker
in Missing New-York
by Don Winslow
samedi 27 octobre 2018
Pensées sauvées du sable (4)
Inertie
C’est
la foule de l’humanité passive qui est ainsi conspuée. Sans
cette inertie, nulle cause injuste ne pourrait étendre son mal ;
en revanche, cette masse dolente fournit le terreau sur lequel
germent toutes les tyrannies.
Dante (Divine Comédie)
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