vendredi 20 mai 2022

Vers une existence poétique






 Je ne me sens pas écrivain, d'autant plus que je ne suis pas capable de voyager dans la langue au point d'en faire une création plus importante que l'histoire que je veux raconter. Je suis quelqu'un qui veut adoucir la solitude, en indiquant des chemins vers une existence poétique. Depuis dix ans, je m'éloigne des livres où l'expérimentation est la substance du récit. J'aime les journaux intimes, les confessions et les mots qui racontent les lucioles traversant le ciel de notre vie.

Tonino Guerra

Il pleut sur le déluge

samedi 14 mai 2022

Mon Dieu !





 Elle avait le visage boursouflé et les cheveux ébouriffés.  Elle fit couler de l'eau froide sur son doigt.

-Mon Dieu, mon Dieu, dit-elle, et elle pleura dans l'évier.

Raymond Carver

Neuf histoires et un poème

mardi 3 mai 2022

Souvenirs oubliés

 


Puis, devant nous, dans le vent marin, nous voyons Naples s'étendre, l'imprenable où tout va mal; où tout va bien, selon des souvenirs que nous avons oubliés, peut-être méprisés, mais qui dans ce crépuscule mélancolique, sur cet incroyable rafiot, nous paraissent les seuls acceptables.

Ennio Flaiano

(Corriere della Sera, 28-10-1972)


lundi 18 avril 2022

Renouveau !

 



Mesdames et messieurs, l'émission a été interrompue pour raison techniques. Dans quelques jours, la dernière menace apaisée, nous reprendrons nos jeux de société, qui donnent à notre vie nationale ce sentiment de vivacité qui nous enorgueillit tant. Nous tâcherons d'aller vers les plus bêtes , vers les exhibitionnistes de toute tendance, nous tiendrons quelques procès piquant, nous publierons vos mémoires, nous achèterons  des footballeurs ukrainiens. L'essentiel est d'arriver sereinement à l'été prochain; après quoi, quand les concours de beauté auront repris, ainsi que les prix littéraires, les festivals et les danses, nous pourrons affirmer, la tête haute, qu'à l'étranger on nous envie notre gaieté.

Ennio Flaianno 

Il Mondo, 20. 11. 56.

Je n'ai changé que la nationalité des footballeurs !

mardi 12 avril 2022

De retour sur mon île fiction

Ici, même les propriétaires de bed and breakfast sont des littéraires. 





vendredi 28 janvier 2022

Paradis artificiel



 "Red" Caldwell acheta deux joints, rentra dans la chambre où il vivait avec son revolver calibre 38 à crosse de nacre qu'il gardait dans le tiroir de la commode, et les fuma. Red était déprimé parce que sa petite amie l'avait quitté maintenant qu' il avait dépensé tout son argent pour elle. mais au point culminant de sa défonce, sa déprime se solidifia, elle acquit un poids concret qui se mit à reposer si lourdement sur sa tête et ses épaules que toute idée de sa petite amie se dissolut dans cette sensation de pesanteur.

La nuit vint et il commença à faire sombre dans la pièce; mais l'obscurité était pleine de couleurs aux nuances éclatantes et aux formes grotesques dans lesquelles sa déprime se noya brusquement et il se concentra alors sur une idée soudaine et brillante, celle de la lumière.

Chester Himes

De la marijuana et un pistolet

in Le Paradis des côtes de porc

mardi 4 janvier 2022

Une bonne guerre fraiche et joyeuse

 




Vous croyez que c'est ma "pulsion de mort" qui m'y a poussé? Vous croyez qu'inconsciemment je veux foutre la merde, faire des choses pour abolir une situation intolérable?

La situation intolérable étant ce bouquin à livrer, je suppose. Ou plus généralement écrire des bouquins porno. Ou plus généralement toute la séquelle. En général.

Comme ces gens qui, au fond, souhaitent la guerre, une bonne guerre fraiche et joyeuse du genre holocauste, qui changera peut-être leur existence. Comme ces commis épiciers et ces ouvriers à la chaîne qui s'engagent dans les Minutemen et qui vont s'exercer au maniement d'armes pendant le week-end, parce qu'ils croient qu'ils seront plus heureux en commando, et qu'ils désirent véritablement et activement une énorme guerre pour faire sauter des villes entières, parce qu'il n'y a que comme ça qu'ils peuvent s'offrir le plaisir de vivre dans une caverne au fond des bois et de canarder les gens comme à la foire. Mais ils sont quand même assez lucides pour comprendre qu'ils risquent d'être mal accueillis s'ils expliquent autour d'eux que leur ambition dans la vie, c'est de vivre dans une caverne au fond des bois et de bousiller les gens. Alors, ils enveloppent la pilule de sucre bleu blanc rouge et ils jurent leurs grand dieux que tout ça, c'est au nom du patriotisme.

Donald Westlake 

Adios Scheherazade  (1970)


Délicieuse année à vous tous. 

Julius Marx.