lundi 25 mai 2026

Lac muet

 





En cette heure, ou je sens au point de déborder, je voudrais céder au malin plaisir de tout dire, au libre caprice d'un style devenu destin. Mais non, seul le ciel profond est réellement tout, distant, s'abolissant lui-même, et l'émotion que j'éprouve -et qui est tant d'émotions à elle seule, mêlées et confuses- n'est que le reflet de ce ciel nu dans un lac au fond de moi, lac reclus entre des barrières de rochers, lac muet au regard mort, dans lequel les hauteurs distraitement se contemplent.

Fernando Pessoa

Le livre de l'intranquillité 

mercredi 13 mai 2026

Rêves

 

(-Heureusement, il nous reste le rêve)
Sempé


L'inaction console de tout. Ne pas agir nous donne tout. Imaginer est tout, pourvu que cela ne tende jamais à l'action. Personne ne peut être roi du monde autrement qu'en rêve. Et chacun de nous, s'il se connaît vraiment, désire être le roi du monde.

Ne pas être, tout en pensant, c'est posséder un trône. Ne pas vouloir, tout en désirant, c'est recevoir la couronne. Nous possédons tout ce à quoi nous renonçons, parce que nous le conservons intact, en le rêvant éternellement à la lumière du soleil qui n'existe pas, ou de la lune qui ne peut exister.

Fernando Pessoa

Le livre de l'intranquillité 

lundi 20 avril 2026

Privilège




 Lorsque nous parvenons sur les cimes solitaires des montagnes naturelles, nous éprouvons la sensation d'un privilège. Nous voilà plus élevés, de toute notre stature, que la cime la plus élevée. Ce maximum que peut offrir la Nature, tout au moins en de tels lieux, se trouve sous nos semelles. Nous voilà, par notre position, les rois du monde visible. Tout, autour de nous se trouve en contrebas: la vie est une pente qui descend, une plaine qui s'étend aux pieds de l'être dressé de tout son haut, de ce sommet que nous sommes.

Tout en nous est accident et malice, et cette hauteur que nous possédons soudain, en fait nous ne l'avons pas: nous n'avons pas d'autre hauteur, là-haut, que celle de notre taille-c'est précisément  ce que nous foulons du pied qui nous hausse jusque-là; et si nous sommes si élevés, c'est justement grâce à ce que nous dépassons.

On respire mieux quand on est riche; on est plus libre quand on est célèbre; le seul fait de posséder un titre de noblesse vous hausse sur une petite crête. Tout est artifice, mais cet artifice n'est même pas notre oeuvre. Nous sommes montés jusqu'à lui , ou bien on nous a hissés jusque là, ou bien même nous sommes nés dans une maison sur la montagne.

Le vrai sage possède, dans ses muscles, la possibilité d'atteindre les hauteurs, et dans sa connaissance du monde, le refus d'y monter.

Fernando Pessoa

Le livre de l'intranquillité 

lundi 13 avril 2026

Changer de cellule

 



Passer des fantômes de la foi aux spectres de la raison, c'est simplement changer de cellule . L'art, qui nous libère des idoles officielles et abstraites, nous libère aussi des idées généreuses et des préoccupations sociales-simples idoles, elles aussi.

Trouver sa personnalité en la perdant- la foi elle-même confirme ce sens de notre destin.

Fernando Pessoa

Le livre de l'intranquillité

lundi 16 mars 2026

Pythons, boas et autres anacondas





Juste à mi-chemin entre les deux bourgs, serpentait un chemin de campagne, caché  derrière un panneau publicitaire, qui menait à une baraque rustique en ruine; à côté, il y avait un énorme olivier sarrasin qui avait sûrement sa bonne paire de siècles. On aurait dit un faux arbre de théâtre, né de l'imagination d'un Gustave Doré, une illustration possible de l'Enfer de Dante. Les plus basses branches rampaient et se contorsionnaient à ras de terre, lesquelles branches, malgré leurs tentatives, ne parvenaient pas à se dresser vers le ciel et qui, à un certain moment de leur avancée, se la repensaient et décidaient de retourner en arrière vers le tronc en faisant une espèce de courbe en coude ou, dans certains cas, un noeud pur et simple. Peu après, pourtant, elles changeaient d'idée et repartaient en arrière comme effrayées à la vue du tronc puissant, mais perforé, brûlé, ridé par les années. Elles étaient totalement semblables à des noeuds coulants, des pythons, des boas, des anacondas brusquement métamorphosés  en branches d'olivier. ///

///Observé d'en dessous, sous cet angle, l'olivier paraissait plus grand et plus emmêlé. Il vit la complexité de la frondaison qu'il n'avait pu distinguer quand il était installé à l'intérieur. Quelques mots lui vinrent à l'esprit; "Il y a un olivier sarrasin, grand...avec lequel j'ai tout résolu." Qui les avait prononcés? Et qu'avait résolu l'arbre? Puis sa mémoire fit le point. Ces mots c'était Pirandello qui les avait dits à son fils, quelques heures avant de mourir.

Andrea Camilleri

L'excursion à Tindari 

jeudi 22 janvier 2026

Un Anachronisme





 -ça va faire du bruit, quand certaines personnes vont apprendre ce qui m'est arrivé.

-Ma foi, c'est un bruit qui ne te dérangera pas, Yuri, commenta Draper, parce que tu seras dans une cellule.

-Et tu auras à peu près quatre-vingt-quinze ans quand tu en ressortiras, ajouta Sladden.

-Je croyais que la Grande-Bretagne était un pays démocratique.

-De nos jours, la démocratie n'est plus qu'une mascarade, dit Draper, un spectacle que les gens vont voir. C'est un anachronisme. Dans les théâtres du West End, les places coûtent jusqu'à  trente livres.

Robin Cook

Not Till the red Fog Rises 

(Quand se lève le brouillard rouge)

mardi 9 décembre 2025

Vialatte !





 Le plaisir d'obéir pousse l'homme à faire des rois et le plaisir de changer, à leur couper la tête. Ensuite, les rois lui manquent. Il célèbre ceux des autres, leur femme, leur belle-soeur, leurs amours, leurs sentinelles, leur valet de chambre. Il publie les mémoires de leur maître d'hôtel. Il cite les bons mots de leur basset. Il en emplit les journaux les plus lus. Il loue pour sa nuit de noces, dans le palais défraîchi de quelque prince teuton, la chambre humide où mourut une vieille dame qui était cousine de deux empereurs. Il cherche à se frotter aux idoles pour que la dorure lui en reste aux doigts. Il chante l'égalité, sans doute, mais le coeur n'y est pas: ce qu'il voudrait, c'est d'être plus égal que les autres, ce qu'il aimerait, ce serait d'être roi.

Alexandre Vialatte

La Statue du client in "Dernières nouvelles de l'homme".

mercredi 12 novembre 2025

Des archives de couleurs inconnues

 



Cela venait peut-être de ce que la vie d'ici était semblable au sommeil, comme l'attestait du reste la toute présence du gris. Et pourtant, de même que le gris dissimule en lui toutes les couleurs, cette existence crépusculaire semblait développer comme de voiles la possibilité du violent réveil de ses actions bariolées. On le sentait à la qualité du silence, lourd, souvent irritant. 

La surface , toutefois semblait terne, protestante, mercantile. Elle suait l'ennui comme la lecture d'un roman scandinave. Et malgré cela l'étrangeté profonde demeurait immuable. Il suffisait d'abriter ses yeux de sa main pour voir à travers le miroir gris, et l'on découvrait alors la vie foisonnante dont les fjords étaient inondés. Les hautes tourbières contenaient les archives de couleurs inconnues, attendant qu'un grand peintre les dévoilât.

Ernst Jünger

Visite à Godenholm

dimanche 29 juin 2025

Image(s)





(... Outre là-bas ces corbeaux noirs, hommes

Affrontés aux nuages qui s'agenouillent

dans les filets du couchant... )

Dylan Thomas
Prologue 18 poèmes

samedi 14 juin 2025

Exercice de l'ombre et du secret

 



Longtemps je me suis couché de bonne heure- le matin. J'avais mes nuits; je les ai toujours, mais sans comparaison.

Presque chaque soir, vers neuf heures, je prends un bouquin et m'allonge sur mon lit. Souvent , j'abandonne vite ma lecture; commence alors l'étendue d'immobilité et de silence apparents où je découvre ma totale liberté. Nul guetteur sur les points culminants de la Ville noire et bleue ne se soucie  du minuscule espace que j'occupe sous mon toit, rien ne me désigne à sa méfiance. Ils n'ont pas encore de machines à détecter les rêves subversifs, mais ça viendra: faisons leur, en ce domaine, le plus large crédit. Il me reste, je suppose, quelques bonnes années devant pour cet exercice de l'ombre et du secret. 

Je me raconte des histoires, dont une quantité infime verra le jour sur du papier. Ecrire est un travail harassant; choisir, combiner les mots pour qu'ils ne s'éventent , ne pourrissent pas trop vite à la lecture! Tâche tellement disproportionnée à nos forces que l'on se demande comment des hommes lucide ont osé l'entreprendre. Sans doute -je parle en mon nom- finissent-ils par se convaincre qu'ils aident ainsi à produire une réalité qui leur dispensera un peu de sa force, en retour.

André Hardellet

Lourdes, lentes...

mardi 1 avril 2025

PPP

 


Toi, assis sur une petite chaise de fer dont l'émail blanc s'est écaillé un peu plus après les intempéries de l'hiver, dans la courette suspendue de votre appartement de Porta Capuana, sous les pampres de la tonnelle qui te protège du soleil de mai déjà brûlant, à deux pas de ton père qui somnole dans son fauteuil de toile, tu veux que les mots correspondent à des faits, et que les premières pages te parlent de ce qui a eu lieu d'abord. Je planterai devant toi, comme la forêt des druides au lever de rideau de la Norma , la ville et l'année de ma naissance. Tu apercevras tout de suite les rues, les maisons, le ciel de Bologne, pendant que ta mère, à peine essuyées les assiettes du repas de midi et le reste de la mozzarella mis à rafraichir dans une serviette humide, prend son arrosoir pour faire la tournée des plans de basilic et de menthe.

Dominique Fernandez

Dans la maison de l'ange


Pour la douce musique des mots, 

pour l'Italie

et Pier Paolo Pasolini.

jeudi 13 mars 2025

Détail




 L'ancien F.T.P. s'assit sur le banc, devant la table énorme. Cash ouvrit un buffet sombre et en sortit trois verres et une bouteille aux trois quarts pleine, du Johnny Walker étiquette rouge avec un petit timbre de Prisunic collé sur le bouchon à vis en métal mou.

Jean-Patrick Manchette

Nada

(Série Noire n°1538)

lundi 13 janvier 2025

Bucolique

 


La petite Fédora était assise sur le gravier chaud de soleil. Elle réfléchissait en passant sa main potelée dans ses anglaises blondes. Ses yeux verts déjà fascinants (les pauvres, ils ne savaient pas encore ce qu'ils allaient avoir à fasciner comme bonhommes! mais ils ne s'en fatigueraient jamais) ses yeux, émeraudes mobiles sous les sourcils un peu roux et le front légèrement bombé, se promenaient sur les quinze soldats de plomb alignés devant elle, sur le socle de la statue de Diane chasseresse.

Autour de la gamine et des figurines de plomb s'étendait presque à l'infini le parc majestueux du château. Dans une brume dorée lointaine, des cavaliers et des amazones rentraient d'une galopade en forêt. Le comte joua un air de cor de chasse pour annoncer son retour. Des oiseaux s'envolèrent en se bousculant, froissant un feuillage de chêne.

D'un seul coup, en riant aux éclats, la fillette balaya les quinze soldats de plomb. Une hécatombe. Puis elle se dit que ç'avait été trop rapide. Elle les remit en place et les fit chuter un à un, d'une pichenette. Ce n'était que des soldats de plomb.

 Fédora était encore bien jeune.

Pierre Siniac

Les Congelés

Série Noire N° 1682

jeudi 12 décembre 2024

Une île

 



Tous les siciliens au fond sont tristes, tous ou presque ont un sens tragique de la vie. Ils constatent avec défiance le contraste qui existe entre leur âme fermée et la nature tout autour d'eux ouverte, illuminée de  soleil ; et puis ils se replient sur eux-mêmes; car , de toutes parts, la mer les entoure; elle les isole de ces horizons largement ouverts; elle les retranche du monde et les voue à la solitude; aussi chacun d'eux est-il il une île ; (orgueilleusement replié sur lui-même) il se transforme en une île close de toutes parts. Il ne trouve qu'en lui seul sa jouissance, mais à peine est-il parvenu à cette pauvre joie née de lui-même qu'accablé et sans chercher de réconfort auprès de quiconque, il revient à sa souffrance et à son désespoir silencieux.

Luigi Pirandello

Quand j'étais Fou in "Nouvelles pour une année"

mardi 19 novembre 2024

Une fenêtre qui se brise




Plusieurs fois, Zia Bachisia avait essayé de lire le même livre dans des endroits différents, et à chaque fois, elle l'interprétait d'une autre manière. Un livre est un être vivant qui réagit aux espaces, aux saisons, aux amours et même aux chaises sur lesquelles on s'assoit pour le lire. Il est une fenêtre ou un soupirail qui invente sa maison et sa cave, un couloir que les lieux se choisissent pour entrer en eux-mêmes. Entendez: quand on ferme un livre, il claque, car il est une porte ou une fenêtre qui se brise. 
Serge Pey
 Histoires sardes d'assassinats, d'espérance et d'animaux particuliers

Lorsqu'on a la chance de dénicher une perle de livre comme celui-ci, on se dit que tout de même, tout de même, la vie vaut bien la peine d'être vécue.
Des intrigues, je ne révélerai rien, même si l'envie me titille.
Découvrez!
Julius Marx

vendredi 18 octobre 2024

Symphonie

 



Oui, c'est vrai qu'Ellroy nous joue de sacrées symphonies quand d'autres nous beuglent encore des chansonnettes populaires . Et pourtant, pourtant ; son dernier mouvement "Les Enchanteurs" manque singulièrement de cuivres, de timbales et autres coups de gong. Si le Maestro reste toujours bien présent, le fait d'avoir confié le récit à ce gros fils de radasse de Freddy Otash  a quelque peu entravé sa folie ordinaire. Comprenons nous bien, il a existé et il existera encore dans la fiction bon nombre de héros "négatifs" parfaitement capables de mener a bien les intrigues mais Otash n'est pas assez mauvais ou alors pas assez bon, allez savoir.

Au fil du récit, c'est bien quand Ellroy reprend le dessus sur son personnage que le texte devient (ou redevient) "une folie illuminée " comme l'écrit Stephen King sur la jaquette du bouquin.

Et puis, d'où vient cette fâcheuse impression de Déjà vu  au fil des chapitres?  La faute aux lecteurs assidus entrés dans cette jungle  peuplées de sauvages criminels il y a tant d'années?

Ceci n'est pas une critique mais une succession de pensées, d'instantanés scintillant, en vrac.

J'attends avec grande impatience, la prochaine symphonie.

Julius Marx






mardi 20 août 2024

Voie de Fuite

 



Qui de nous, en regardant la mer encore un peu azurée, n'a pensé qu'elle est un refuge plus sûr que les immeubles de tuf? Des myriades d'entre nous ont confié à la mer leur voie de fuite.

Erri De Luca

Le Contraire de Un.

samedi 17 août 2024

Le Monde d'Isaac




 Le gouverneur était un fantôme dans la ville de New-York. Il avait ses services dans le World Trade Center mais on aurait qu'il était constamment exilé dès qu'il quittait sa résidence d'Albany. Il ne portait pas la marque d'Isaac. C'était une créature des banlieues huppées, un homme du nord de l'Etat. "Il fera très bien dans le Kansas et le Mississipi ", se vantaient souvent ses conseillers. Ils le préparaient à briguer la Maison Blanche. Un Démocrate à garniture conservatrice. Jamais il ne gaspillerait son blé pour des indésirables. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il ferait des sans-abri. Sur la plupart des sujets, il demeurait muet. Pour lui , le navire de l'Etat, c'était un chariot bâché bricolé avec des bouts de platitudes. Billy The Kid , avec ses yeux bleus, avait la belle apparence d'un joueur de Colt narcoleptique.

Jerome Charyn

Rue du Petit-Ange

(2003)

Un bref aperçu de "l'écriture Noir" de Charyn. N'hésitez surtout pas à plonger dans le monde d'Isaac Sidel. L'oeuvre est considérable.

vendredi 14 juin 2024

Notes

 



Trois frêles réverbères sur le quai scintillaient faiblement au-dessus des innombrables bateaux de pêche entassés comme des coquillages le long de la plage. Plus loin sur la mer, il y avait d'autres lumières, celles d'une flotte de yachts élégants qui accompagnaient la marée avec une lente dignité, et plus loin encore une lune bien pleine qui transformait  le sein de la mer en un parquet de danse ciré.

Cette trainée argentée qui ondulait comme une grande mèche de cheveux bouclés en direction de la lune.

Francis Scott Fitzgerald

Notes 167 /168 in Carnets

vendredi 7 juin 2024

Visite chez le prince Fabrizio Mazzarola




 Il m'invita à prendre la chaise placée à sa gauche, et repoussa derrière lui celle où j'avais voulu m'asseoir.

-Elle est destinée au releveur du compteur d'électricité, me dit-il goguenard. Et l'autre, à côté de la vôtre, à mes fournisseurs.

-Qu'ont-elles donc de spécial?

-Je ne vous demanderais pas de les essayer, non, votre amitié m'est trop précieuse, egregio pittore . A chacune des deux chaises en question j'ai fait subir un petit traitement de ma façon. On leur a scié un pied, en sort qu'elles tiennent debout si personne ne s'y assied. Sous le moindre poids, elles s'effondrent. La chaise où vous vouliez vous asseoir ôtera à l'agent de la compagnie d'électricité l'envie de revenir avant longtemps. Il se retrouvera les quatre fers en l'air et n'aura plus qu'à déguerpir tout honteux. Ha! Ha! il ira truquer ses comptes pour cacher qu'il n'a pas rempli sa mission, et j'aurai payé ma dette sans avoir déboursé un sous. L'autre chaise est sciée de manière plus habile: un craquement horrible précède l'effondrement. Nunzio a été si effrayé de ce bruit qu'il n'ose plus s'y asseoir. C'est le diable, pense-t-il , qui veut le punir pour l'audace d'être venu réclamer son dû à une Excellence. N'est-ce pas impayable? Comme je lui dis que ne ne négocierai  pas avec lui et ne regarderai même pas mon ardoise tant qu'il ne m'aura pas fait l'honneur de prendre place à côté de moi, il balbutie quelques compliments sur ma santé et se sauve bredouille.

-Vous connaissez sûrement, lui dis-je, amusé par cette histoire, le prince de Palagonia à qui Goethe  rendait visite dans sa ville près de Palerme?

-Si je le connais! Il avait les moyens, lui ! Il possédait un mobilier superbe, des sièges recouverts de velours, des canapés, où il invitait ses visiteurs à s'enfoncer...

-Après avoir fait dissimuler sous l'étoffe des épingles et des clous, la pointe tournée vers le haut, pour les voir sursauter comme des jouets à ressort.

-Quel type ! Je ne suis que son modeste élève! dit le prince en riant. Je mords, mais je ne pique pas...

Dominique Fernandez

(Où les eaux se partagent)

Suivre les lignes de Dominique Fernandez en cherchant à le précéder sans jamais y parvenir, c'est déjà  un jeu si délicieux mais, lorsqu'il s'aventure en Sicile tout devient merveilles.

(En photo, la célèbre villa du Prince de Palagonia )