dimanche 20 septembre 2026

Vers la source et le ruisseau





 Ainsi, en continuant la promenade jusqu'à la source sous les saules, aussi musicale que des verres entrechoqués doucement, donnant naissance à un ruisseau de bonne taille qui jaillit, épais comme mon cou, pur et clair, sortant de son trou là ou la rive s'arque comme un grand sourcil marron et brousailleux, ou comme dans la voûte d'une bouche, gargouillant  gargouillant sans cesse, signifiant, disant quelque chose, bien sûr (si seulement on pouvait le traduire), gargouillant toujours à cet endroit, toute l'année, ne renonçant jamais- des océans de menthes, de mûres en été, un choix de lumière et d'ombre, juste l'endroit pour mes bains de soleil de juillet, et des bains d'eau aussi - mais surtout son inimitable gargouillis, pendant que je reste assis lors de chauds après-midi. Comme tout cela pénètre et se développe en moi, jour après jour, parfaitement accordé, le parfum sauvage et presque palpable, l'ombre mouchetée des feuilles, et toutes les influences du lieu, naturelles et médicinales, élémentaires et morales.

Poursuis, ô ruisseau, le babil de tes propos !

Walt Whitman

Comme des baies de genévrier


mardi 1 septembre 2026

Apprivoiser l'oiseau bleu

 



Ce soir-là, qui était celui de Noël, un jeune homme de bonne coupe, affligé d'un strabisme divergent, débauchait une cousine de province à travers les quartiers maudits de la capitale. Bien que son compagnon apportât à l'entreprise la maussaderie supérieure qu'il vouait à toute chose en dehors de l'économie politique, la jeune fille, éperdue de vin glacé et de girandoles, sentait le rose des grandes émotions spirituelles  assiéger ses pommettes.

A la veille de rentrer dans son village où les indigènes mettaient  leurs galoches devant la cheminée durant toute l'année, cette escapade à Saint-Germain-des Prés lui semblait poser un grain de sel fatal sur la queue de son séjour pour en retenir l'envol, en apprivoiser l'oiseau bleu. Dans le boyau tendu de guirlandes où ils achevaient de souper, des voix obscures lui soufflaient que le meilleur vient à la fin.

Antoine Blondin

Quat'saisons