mardi 3 mai 2022

Souvenirs oubliés

 


Puis, devant nous, dans le vent marin, nous voyons Naples s'étendre, l'imprenable où tout va mal; où tout va bien, selon des souvenirs que nous avons oubliés, peut-être méprisés, mais qui dans ce crépuscule mélancolique, sur cet incroyable rafiot, nous paraissent les seuls acceptables.

Ennio Flaiano

(Corriere della Sera, 28-10-1972)


lundi 18 avril 2022

Renouveau !

 



Mesdames et messieurs, l'émission a été interrompue pour raison techniques. Dans quelques jours, la dernière menace apaisée, nous reprendrons nos jeux de société, qui donnent à notre vie nationale ce sentiment de vivacité qui nous enorgueillit tant. Nous tâcherons d'aller vers les plus bêtes , vers les exhibitionnistes de toute tendance, nous tiendrons quelques procès piquant, nous publierons vos mémoires, nous achèterons  des footballeurs ukrainiens. L'essentiel est d'arriver sereinement à l'été prochain; après quoi, quand les concours de beauté auront repris, ainsi que les prix littéraires, les festivals et les danses, nous pourrons affirmer, la tête haute, qu'à l'étranger on nous envie notre gaieté.

Ennio Flaianno 

Il Mondo, 20. 11. 56.

Je n'ai changé que la nationalité des footballeurs !

mardi 12 avril 2022

De retour sur mon île fiction

Ici, même les propriétaires de bed and breakfast sont des littéraires. 





vendredi 28 janvier 2022

Paradis artificiel



 "Red" Caldwell acheta deux joints, rentra dans la chambre où il vivait avec son revolver calibre 38 à crosse de nacre qu'il gardait dans le tiroir de la commode, et les fuma. Red était déprimé parce que sa petite amie l'avait quitté maintenant qu' il avait dépensé tout son argent pour elle. mais au point culminant de sa défonce, sa déprime se solidifia, elle acquit un poids concret qui se mit à reposer si lourdement sur sa tête et ses épaules que toute idée de sa petite amie se dissolut dans cette sensation de pesanteur.

La nuit vint et il commença à faire sombre dans la pièce; mais l'obscurité était pleine de couleurs aux nuances éclatantes et aux formes grotesques dans lesquelles sa déprime se noya brusquement et il se concentra alors sur une idée soudaine et brillante, celle de la lumière.

Chester Himes

De la marijuana et un pistolet

in Le Paradis des côtes de porc

mardi 4 janvier 2022

Une bonne guerre fraiche et joyeuse

 




Vous croyez que c'est ma "pulsion de mort" qui m'y a poussé? Vous croyez qu'inconsciemment je veux foutre la merde, faire des choses pour abolir une situation intolérable?

La situation intolérable étant ce bouquin à livrer, je suppose. Ou plus généralement écrire des bouquins porno. Ou plus généralement toute la séquelle. En général.

Comme ces gens qui, au fond, souhaitent la guerre, une bonne guerre fraiche et joyeuse du genre holocauste, qui changera peut-être leur existence. Comme ces commis épiciers et ces ouvriers à la chaîne qui s'engagent dans les Minutemen et qui vont s'exercer au maniement d'armes pendant le week-end, parce qu'ils croient qu'ils seront plus heureux en commando, et qu'ils désirent véritablement et activement une énorme guerre pour faire sauter des villes entières, parce qu'il n'y a que comme ça qu'ils peuvent s'offrir le plaisir de vivre dans une caverne au fond des bois et de canarder les gens comme à la foire. Mais ils sont quand même assez lucides pour comprendre qu'ils risquent d'être mal accueillis s'ils expliquent autour d'eux que leur ambition dans la vie, c'est de vivre dans une caverne au fond des bois et de bousiller les gens. Alors, ils enveloppent la pilule de sucre bleu blanc rouge et ils jurent leurs grand dieux que tout ça, c'est au nom du patriotisme.

Donald Westlake 

Adios Scheherazade  (1970)


Délicieuse année à vous tous. 

Julius Marx.


lundi 27 décembre 2021

Nouvelle année



C'était pendant les quelques jours entre Noël et le jour de l'An. Pour des types comme nous, pas question de se pointer dans une église en espérant trouver un monde meilleur ; les bistrots sont des lieux de rédemption parfaits.  Je le dénichai tout au fond de la salle. Monsieur jouait le Pacha de la moleskine, rêvant probablement aux iles sous le vent. Lorsque je lui tapai sur l'épaule, il ouvrit un oeil. 

-Tiens, te v'la ?

-Oui, me v'la.

Il se déplia lentement, histoire de revenir sur terre. Pourtant, son esprit vagabondait encore sous les cocotiers. Il balança ses coudes sur la table et se prit la tête entre les mains.

-Ca va?

-Ouais, ça va... Je me disais simplement que la terre tourne autour du soleil en 365 jours, 5 heures et 48 minutes..

-A peu près...

-Ouais, à peu près... Mais nous, pendant ce temps-là, qu'est ce qu'on fait? Hein, qu'est-ce qu'on fabrique dans ce putain de monde?

Je regrettai de l'avoir réveillé, poussai un petit soupir et tournai les talons.

- Hé ! où tu vas, mec ?

-J'vais me chercher une église sympa pour me taper un petit roupillon.

Je l'entendis murmurer quelques mots où il était question du Saint Esprit et de la résurrection puis, plus rien.

 A la porte du bistrot, je tombai sur le Père Noël qui entrai pour s'en jeter un petit  dernier sous sa barbe blanche, pour la route.


Julius Marx

photo Bruce Gilden
"Le père noël quitte un bar" (1968)

mardi 21 décembre 2021

J'ai lu tous les livres !

 




Non

On ne vieillit pas,

On s'assagit.

On devient plus calmes, 

plus posés,

Mais certainement pas rassasiés.

Lorsque enfin nous aurons observé

de nos yeux fatigués,

que tous les goûts sont vraiment 

dans la nature,

Que les amours sont autant

de parfums tenaces,

On trouvera peut-être, 

le courage et l'insolence 

de lancer comme Mallarmé

"J'ai lu tous les livres!"


Julius Marx