"J'aime lire allongée sur un canapé, mais ceci n'est pas une profession, hélas." Fran Lebowitz
jeudi 6 janvier 2011
Go !
Une nouvelle année, c'est l'occasion de faire un peu le point sur tout ceux qui ont réussi (je l'espère) à adoucir un peu le cours de notre temps. A la question : pourquoi ? Les réponses suivent.
Georges Orwell ( Dans le ventre de la baleine)
John Dos Passos (L'art et Isadora)
Jack London (Jack)
Pierre Mc Orlan ( En marge)
Pour leur évidente modernité et leur humanité.
Albert Cossery (Haro!)
Léon Paul Fargue (Noël)
Paul Morand (Rupture)
Pour leur élégance
Giuseppe Tomasi Di Lampedusa (Les parfums islamiques / Festin)
Anna-Maria Ortese (Parole)
Domenico Réa (L'or de Naples)
Ennio Flaiano (Femme de Gondar)
Pour leur chaleur
Emily Dickinson (Morte pour la beauté)
William Shakespeare (Amour(s) )
Gustave Flaubert (Amour(s) )
Dante (Amour(s) )
Edmond Rostand (Amour(s) )
Kafka (Pierre(s) tombales)
Pour leur faculté a être modernes tout en étant classiques
Andrea Camilleri (Festin)
Serge Quadruppani (Festin)
Pour le plaisir et les oliviers
Richard Brautigan (Richard / Tempête)
Pour être fou, juste le temps de la lecture.
Chester Himes (Spiritualité)
James Ellroy (Uppercut)
Raymond Chandler (The lady)
Parce qu'ils sont de ma famille
Isaac Bashevis Singer (Dybbuk)
Pour son univers
Raymond Carver (Carte postale / Raymond et les lâches)
Parce que je suis lâche.
Alexandre Outis (Pierre(s) tombales / Haut-parleurs)
Parce que je suis aussi égoïste.
Prions pour que tout cela continue.
mercredi 5 janvier 2011
Carte postale
Le courrier
Sur mon bureau, une carte postale de mon fils dans le sud de la France.
Le midi, il l'appelle. Ciels bleus. Belles maisons débordant de bégonias.
Et pourtant il coule, il a un urgent besoin d'argent.
Près de sa carte, une lettre de ma fille qui m'apprend que son vieux fiancé,
l'obsédé de la vitesse, démolit une moto dans le salon.
Ils se nourrissent de flocons d'avoine, elles et ses enfants.
Nom de Dieu, elle pourrait demander de l'aide.
Et puis il y a la lettre de ma mère qui est malade et perd la tête.
Elle me dit qu'elle ne sera plus là très longtemps.
Ne vais-je pas l'aider à déménager une dernière fois?
Payer pour qu'elle ait un toit à elle?
Je sors. Dans l'intention de marcher jusqu'au cimetière m'y réconforter.
Mais le ciel est en ébullition.
Les nuages, énormes et gonflés d'obscurité, sur le point de crever.
C'est alors que le facteur tourne dans l'allée. Il a le visage d'un reptile,
luisant et contracté.
Sa main recule-comme pour frapper!
C'est le courrier.
Raymond Carver
La vitesse foudroyante du passé
(Editions de l'Olivier)
mardi 4 janvier 2011
Pierre(s) tombales
Il est là, allongé sur le bitume incertain de la route, recroquevillé sur lui même, gros insecte aux dimensions et formes jusqu'ici inconnues.
Lui, c'est -ou plutôt c'était- le vieil homme qui récupérait le pain rassis dans les poubelles du quartier. Notre écolo est mort; qu'est-ce qui c'est passé?
Des témoins, septiques, se grattent le menton en faisant la mine contrite de ceux qui savent depuis longtemps que l'humanité est perdue. Un grand type décharné explique à tout le monde qu'une voiture a percuté le vieillard et que le conducteur n'a même pas jeté un regard sur sa victime.
Les voitures justement, elles ralentissent légèrement leur allure en passant devant notre attroupement . Si certains conducteurs veulent savoir ce qui s'est passé, d'autres en profitent pour les dépasser dans un concert d'avertisseurs et de jurons.
Qu'importe, le petit scarabée en costume déchiré qui gît là, sur le bitume, n'entendra plus jamais personne.
A quelques mètres seulement, il y a sa mobylette, presque aussi vieille que lui, avec son réservoir rouillé d'où s'écoule un mince filet d'essence.
Toutes ses croûtes de pain autour de son corps, quelle drôle de couronne mortuaire.
Puis, les gens commencent à s'en aller.
Alexandre Outis
(Choses vues)
Je suis de pierre, je suis comme ma propre pierre tombale, il n'y a aucune faille possible pour le doute ou pour la foi, pour l'amour ou la répulsion, pour le courage ou pour l'angoisse en particulier ou en général, seul vit un vague espoir, mais pas mieux que ce que vivent les inscriptions sur les tombes. Pas un mot, ou presque, écrit par moi ne s'accorde à l'autre, j'entends les consonnes grincer les unes contre les autres avec un bruit de ferraille et les voyelles chanter en les accompagnant comme des nègres d'exposition.
Franz Kafka
Journal
LDP Biblio n° 3001
Pour clore ce chapitre, ajoutons cette phrase de Léonardo Sciascia : " C'est étrange, pensa-t-il, comme en traversant un cimetière on se sent bestialement vivant."
lundi 3 janvier 2011
En marge
Mon père, ai-je dit, était français. Mais ma mère était une pure fille de Limehouse, pétrie dans l'alcool comme un pudding fade. Elle rêvait tout haut, quand elle était ivre, et disait des mots obscènes d'une petite voix plaintive.
Moi, les sourcils arqués au maximum et les oreilles pointues, j'écoutais cela. Je savais déjà ricaner avec ma soeur aux bons passages. Ma soeur -je voudrais bien me rappeler son nom- parlait admirablement le langage de la rue. Les mots orduriers, dans sa bouche un peu grande, éclataient comme des coups de tonnerre ou pénétraient l'oreille ainsi que des aiguilles. Et pourtant, à travers ses cheveux blonds emmêlés qui lui retombaient toujours sur la bouche, certains mots secrets se transformaient en roses sur ses lèvres. Ce miracle n'était qu'un des nombreux prestiges de l'enfance...
...A partir de mes quinze ans, le monde s'ouvrit pour moi comme un grand magasin de nouveautés. Je concevais ainsi Londres, de même qu'un magasin de nouveautés où l'on achète tout, depuis la layette jusqu'au cercueil.
Dans ce magasin, il y avait les patrons que l'on ne voyait pas, les vendeurs et les vendeuses, et les choses à vendre qui étaient tantôt les patrons, tantôt les vendeurs et vendeuses, tantôt les clients. En se vendant soi-même, on pouvait acheter autre chose de moins usé, de moins dégoûtant ou de plus nouveau que soi-même.
Ainsi, la vie prenait un sens agréable et, malgré ma pauvreté, je connaissais de bons jours parmi les bons jours permis à mon milieu....
... Nos visages marqués par la misère produisirent ce miracle. Tess abandonna sa chambre et tous les accessoires diaboliques de sa jeunesse. Elle travaille maintenant dans une usine de Putney. Elle porte un fichu croisé sur ses épaules. Pour se rendre à son travail, elle file le long des murs, telle une belette. Elle est grise comme les murs et comme le travail mal rétribué. Le jour de repos, elle reste chez elle. Son ménage ne lui prend guère de temps. Quand tout est en ordre, elle s'allonge sur son lit et ferme les yeux.
Pour vivre, peut-être, une existence incompréhensible, au milieu des odeurs et des sons, où les hommes naissent, tournent et s'éteignent de même que des lumières.
Pierre Mac Orlan
Docks- in "Sous la lumière froide"
(Gallimard -1961)
Mac Orlan, c'est du roman noir, du Goodis ou Thompson avant l'heure. Bref, du beau, du poétique comme on l'aime dans ce blog.
dimanche 2 janvier 2011
Spiritualité
-Et alors, Jésus, il dit : "Jean, qu'il dit, il y a quéq' chose qu'est encore plus pire qu'une femme doubleuse, c'est un homme doubleur."
-Jésus il a dit ça? Eh bien, c'est la vérité!
Ils s'étaient arrêtés dans la lumière brouillée, juste en face de la vaste façade de brique de l'église baptiste d'Abyssinie. L'homme racontait à la femme son rêve de la nuit précédente. Dans ce rêve, il avait eu une longue conversation avec Jésus-Christ.
L'homme, d'apparence assez médiocre, avait des bretelles rayées, noires et blanches, qui serraient une chemise de sport bleue et retenait un pantalon démodé, brun, aux jambes trop larges.
Quant à la femme, on voyait tout de suite qu'elle était une vraie dame de charité, rien qu'à sa façon cafarde de pincer les lèvres à tout propos. On voyait aussi au premier coup d'oeil que le salut de son âme était d'ores et déjà assuré. Elle était vêtue d'une ample jupe noire et d'un corsage lavande, et ses lèvres se plissaient et son visage éclatait d'indignation vertueuse, en écoutant le narrateur.
-Alors, j'y ai pas été par quatre chemins, j'y ai carrément demandé, à Jésus : " Qui c'est qu'est le plus dans le péché- c'est-y la femme qui cavale avec ce type, ou le type qui cavale avec ma femme?" Et Jésus, il m'a dit :" Pourquoi tu me demandes ça, t'aurais pas dans l'idée, des fois, de leur chercher des histoires?" Et moi, j'y réponds : " Non, Jésus, j'ai pas l'intention de les embêter, mais le gars, il est marié, lui aussi, tout comme ma femme, et je veux pas êt' responsable s'il y a du micmac dans son ménage." Alors, Jésus, il me dit :" Te casses pas la tête, va. Le péché, c'est toujours le péché."
Soudain, ils furent illuminés par un éclair, qui révéla un deuxième personnage, agenouillé juste derrière la dame extatique . Un rasoir dans sa main droite, il était en train de fendre sa jupe de bas en haut. Puis il pinça de sa main gauche l'ourlet de la jupe, entailla le tissus jusqu'à la région où il épousait les courbes fessières, et fendit la combinaison de la même manière. Enfin, après avoir écarté simultanément, d'un geste sûr, mais subtil, le pan droit de la jupe et celui de la combinaison, il découpa un vaste demi-cercle jusqu'à l'ourlet et, ayant délicatement détaché la pièce découpée, il la jeta derrière lui. Une fesse noire serrée dans une culotte de rayonne rose apparue, et aussi la face postérieure d'une épaisse cuisse noire et nue, épanouie au-dessus du bourrelet d'un bas de rayonne beige.
"Celui qui commet le péché d'adultère- qu'il soit homme ou femme, peu importe- il transgresse l'un des dix commandements de mon Père, qu'il m'a dit Jésus. Et le plaisir que l'on en tire n'a rien à voir dans l'histoire."
-Amen, fit la dame de charité.
Ses fesses se mirent à trembler à l'évocation d'un péché aussi grave.
Derrière elle, l'homme agenouillé était en train de découper la partie gauche de la jupe, mais maintenant, il lui fallait redoubler de précaution, à cause de cette croupe agitée
-Alors, j'y ai dit à Jésus:" C'est ça l'ennui, pour un chrétien, les bonnes choses sont toujours défendues."
-Ma parole! C'est la vérité vraie! s'exclama la dame de charité, qui se pencha pour administrer, en un geste d'enthousiasme, une tape sur l'épaule de ce frère en religion.
Le demi cercle de tissus découpé dans la partie gauche de la jupe et de la combinaison tomba dans la main de l'homme agenouillé.
Maintenant, l'on découvrait le bas d'une vaste croupe, rebondie et tendue de rose, et le côté pile de deux cuisses également rebondies, au-dessus des bas beiges. Les cuisses brunes saillaient dans tous les sens et, dans l'enfourchement au-dessus duquel se développe le torse proprement dit, il y avait une sorte de poche, contenant une sacoche imperméable, suspendue à des bandes élastiques qui, passant sous la culotte, ceignaient la taille.
Retenant le souffle, avec un soin infini, comme un chirurgien du cerveau au cours d'une intervention particulièrement délicate, l'homme agenouillé avança précautionneusement la main et se mit à couper l'élastique de la sacoche.
Chester Himes
Retour en Afrique
(Série Noire -Gallimard)
samedi 1 janvier 2011
Cadeau
Puisque nous sommes dans la saison des cadeaux, en voici un spécialement pour ma fille.
Ensuite, promis, nous reprendrons le cours normal de ce blog.
Ensuite, promis, nous reprendrons le cours normal de ce blog.
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