"J'aime lire allongée sur un canapé, mais ceci n'est pas une profession, hélas." Fran Lebowitz
mercredi 18 janvier 2012
La voilà qui revient
La, la, la, mine de rien,
la voilà qui revient,
la rumeur.
Elle avait disparu du pavé d'Tunis,
mais elle est revenue comme aux beaux jours de Janvier.
Là, là, là... avec moi tous en coeur :
Le dimanche sera supprimé au profit du vendredi .
Cinq prières par jour seront accordées aux ouvriers.
Les employés d'une usine de produits inflammables seront autorisés
tous ensemble, a allumer leurs clopes.
Le tourisme musulman on préconisera,
les touristes au régime sec,
repartirons dans leur pays de luxure.
On manque de tout, ou presque
qu'en pense le SPD ? (1)
Les refrains avaient pris l' maquis,
mais on n'oublie jamais,
la bonne petite info sanglante,
qui vous met le coeur en fête,
même s'il faut du temps, c'est vrai ,
pour séparer le vrai du faux, pour comparer.
Mais, on trouve toujours, un beau jour ,
une oreille attentive, pour écouter,
un idiot pour affirmer.
La, la, la, mine de rien
la voilà qui revient
la rumeur.
Julius Marx
(1) Parti du Système Pileux Développé
mardi 17 janvier 2012
Nouveaux horizons
Je vous souhaite à tous une année de joies, d'espérances, de rêves et de projets. Bref, une année à scruter l'horizon.
Julius Marx
Julius Marx
Hellhound on My Trail
Bob Dylan est un des poètes les plus important du vingtième siècle, c'est indéniable.
Alors, en ouvrant Chroniques, je m'attendais à trouver de bonnes petites lignes de poésie symboliste ou de parfaits chapitres d'écriture systématique , dans la veine de Tarentula, bouquin acheté à l'adolescence et vite abandonné sur une étagère de ma bibliothèque pour n'être repêché que beaucoup plus tard. Mais, comme Dylan ne fait jamais vraiment ce qu'on attend de lui, Chroniques n'est absolument pas cela. Ici, le maître se contente de raconter. C'est le récit d'un type qui se veut simple et qui ne revendique aucun titre et surtout pas celui d'idole ou de prophète. Un homme qui aime la nature, faire ses courses au super-marché, regarder la télévision et cuisiner des pancakes.
Alors, désolant ?
Surement pas, car la poésie est bien présente et avec elle: l'Amérique toute entière. La liste des personnages rencontrés ou simplement cités est plus longue encore que celle des figurants de Gone with the Wind. Il est bien entendu question de sa filiation avec Woody Guthrie mais aussi et surtout de rencontres qui ont façonnées son existence. Lisez ce qu'il écrit par exemple sur Johnny Cash :
"Les disques de Johnny Cash ne faisaient pas exception, pourtant il ne fallait pas s'y fier. Il n'avait pas une voix perçante, mais il mettait par terre dix mille ans de culture. Il aurait pu habiter les cavernes. Il chante avec le feu à ses pieds, ou enfoncé dans la neige, dans une forêt hantée, à corps perdu, mais de sang froid - bien conscient du danger. "Je surveille de très près ce coeur qui est le mien". Certes. J'ai dû me réciter ce vers un million de fois. Sa voix était si imposante que le monde rétrécissait."
"La première fois que j'ai entendu I Walk the Line , il y a tant d'années, c'était comme si on me demandait :" qu'est-ce que tu fous là, gamin?" J'essayai surtout de garder les yeux ouverts.
Puis à propos du grand Robert Johnson : "Des Allemands l'avait filmé à la fin des années 30, par un après-midi ensoleillé , à Ruleville dans le Mississippi. Il ne donne pas l'impression d'une statue de pierre, ni de quelqu'un de particulièrement émotif . On dirait presque un enfant , une figure d'ange, innocente au possible. Il porte un tricot de toile, un bleu de travail et une drôle de casquette dorée, comme celle du petit lord Fauntleroy. L'antithèse d'un homme poursuivi par les chiens de l'enfer(1). Il paraît imperméable aux frayeurs de l'humanité et, incrédule, on n'arrive pas à détacher ses yeux de son visage."
Vous l'avez compris, ce premier tome des Chroniques se lit à la vitesse d'une vieille Buick lancée sur la highway 61.
Julius Marx
-Bob Dylan (Chroniques-Folio-Tome 1)
(1) Hellhound on My Trail , blues de R. Johnson.
jeudi 5 janvier 2012
Leroy voit rouge
Dans "Le Bloc " Jérôme Leroy a serré deux personnages.Il leur a collé une grosse lampe en pleine poire et leur a conseillé de passer à confesse. Ensuite, un inspecteur stagiaire est descendu acheter des sandwichs et du vin au Rendez-vous du Rouergue, le café d'en bas et Jérôme Leroy a branché son magnéto à cassette.
Les deux prévenus passent à table. Ils sont aidés dans leur soliloque par leur conscience. Ils nous racontent comment et pourquoi ils sont entrés (du pied gauche, ça porte bonheur paraît-il) dans le mouvement du Bloc Patriotique. Ce récit à quatre mains est aussi structuré, poignant et sans concession que celui de Zeno.
Jérôme Leroy est un écrivain de l'âme.
Il n'est pas dans le vent comme on l'écrivait dans le monde d'avant. Il ne privilégie pas l'intrigue aux dépends des personnages. Des deux hommes, il dessine un portrait robot. Son coup de crayon est digne du spécialiste du commissariat du 87ème District dont le nom m'échappe.
Peu à peu, les deux modèles finissent par ressembler pour l'un ( l'intellectuel) à un autoportrait d'Egon Schiele et pour l'autre (l'homme du peuple) à Figure avec quartier de viande de Francis Bacon.
(Il faut noter,c'est important, que Jérôme Leroy n'a jamais levé la main sur eux pour obtenir ces révélations.)
L'intellectuel se lâche .Il nous parle de sexe, de son film préféré et de sa bibliothèque où les livres sont regroupés à l'extrême droite de l'étagère. L'autre préfère collectionner les bibelots comme la grenade dont il ne se sépare jamais et les conquêtes masculines.
L'inspecteur stagiaire ricane. Leroy le fiche dehors.
Pendant ce temps là, à la télévision, on voit des images d'émeutes urbaines avec, en haut de l'image le nombre de victimes qui défile, comme celui du CAC 40 sur les chaînes d'informations continues.
Mais, comme l'écrit Bob Dylan ; ce n'est pas de l'engagement politique, c'est de la rébellion.
Curieusement ces deux récits me font penser à Une poire pour la soif de James Ross où le personnage principal pendant la grande dépression de 1929 raconte comment il a tenté de se sortir de la misère. C'est aussi implacable et violent.
Bon, Leroy a obtenu des aveux complets mais il ne semble pas totalement satisfait. Il ronchonne en fixant la bouteille vide de Vacqueyras sur le bureau, devant lui.
La nuit tombe. Sur l'écran, le compteur des victimes s'affole.
Julius Marx
-Le Bloc Jérôme Leroy -(Gallimard Série noire)
-La conscience de Zeno Italo Svevo ( Poche)
-Une poire pour la soif James Ross ( Gallimard Série noire )
-Bob Dylan Chroniques (Folio)
mercredi 4 janvier 2012
Impossible de partir sans Raymond Carver
Cette nuit là, l'Harmattan nous a chassés de la Côte d'Ivoire
Sur la route, les guirlandes de Noël clignotaient dans le ciel
Personne pour pousser le moindre Oh! d'admiration.
Sur les murs extérieurs de l'aéroport,
s'affichaient de charmantes et désuètes photos de l'époque coloniale.
Des hôtesses avenantes en tailleur strict et chignon accueillaient des blancs joufflus
en costumes froissés, au pied de la passerelle du Super Constellation d'Air France.
Un flic aux gros doigts boudinés a trituré nos passeports
puis un autre, et encore un autre...
Tous regardaient nos sauf-conduit comme les trucs les plus dingues qu'ils avaient jamais vu.
Dans un gros carton frappé d'une marque de protections périodiques, j'avais bien emballé deux flamboyants,
personne ne m'a demandé d'ouvrir mon carton.
Un fielleux-dompté a pointé son doigt sur mon ventre, j'ai fait glisser ma ceinture.
Le haut-parleur a annoncé qu'il nous faudrait patienter quatre heures dans la salle d'embarquement,
les lumières se sont éteintes, les plus téméraires d'entre nous ont tenté de s'allonger sur les sièges en métal,
d'autres inspectaient les rayons de la boutique hors taxes en ouvrant de grands yeux,
pour bien imprimer les tarifs dans leur cerveaux.
J'ai froissé et jeté par terre le bon permettant de se taper une boisson à l'oeil, en représailles.
Dans l'avion, les dormeurs ont poursuivi leur gymnastique, j'ai vainement tenté de fermer les yeux.
Plus tard, la récompense...
L'aube se levait sur le désert, à huit mille mètres,
un trait d'orange vif posé sur un bleu presque noir,
en dessous, les vaguelettes de sable.
-Il reste encore pas mal de place pour construire, pas vrai ?
Mon voisin hilare, un sosie de Peter Ustinov, sa fine moustache qui tremble,
soupirs...
J'ai souri, on peut décidément s'habituer à tout.
Dans ma poche, je palpe mon bouquin fétiche,
La vitesse foudroyante du passé.
Julius Marx
jeudi 8 décembre 2011
Chester's blues
La caméra parcourt les rues pauvres, elle survole les scènes violentes, les clubs frénétiques aux devantures criardes et ces bars où règne l'atmosphère de folie des samedis soirs, elle parcourt les églises qui s'emplissent le dimanche matin, elle enregistre les violents contrastes, elle montre les cabanes de planches et les beaux appartements, les visages gras et suffisants des gens prospères et les visages maigres des affamés solitaires.
Le battement d'une sorte de tambour solitaire résonne doucement. Une voix parle en toutes langues.
VOIX
Voici Les Deux Plateaux, Côte d'Ivoire., un quartier de contradictions. Un quartier isolé dans la périphérie d'Abidjan. Un quartier d'une pauvreté incroyable côtoyant d'énormes fortunes. Un quartier d'humbles et de violents. Un quartier plein de prostituées, de bars et d'églises. Voici la partie réservée où vivent les nantis -les chefs, les patrons. Ici, ceux qui ont faim gagnent une maigre pitance et s'épient mutuellement. Le quartier est une lagune tentaculaire emplie de poissons cannibales. Mettez votre main dedans et vous en retirerez un moignon.
Il est parfaitement raisonnable et naturel que ces gens aient faim, les loups comme les agneaux. Si votre propre nourriture (nourriture pour l'âme et l'esprit aussi bien que pour le ventre) avait été hors de votre portée depuis si longtemps,vous aussi, vous auriez faim. Une façon de ne pas se laisser mourir de faim dans ce pays de cocagne, quand on a rien à manger soi-même, c'est de manger....sa.... petite soeur.
Scène d'introduction (librement adaptée) du scénario Baby Sister de Chester Himes (L'instant Noir-1987)
Frappant et pour tout dire démoralisant de constater que je n'ai dû changer que quelques mots de ce texte écrit pour le cinéma en 1960, l'action devant se dérouler dans le quartier de Harlem.
Bon, après cet intermède, passons à l'original.
Intérieur-Appartement dans Harlem-Nuit.
Joe et Baby Sister sont à l'intérieur d'un appartement plein de jeunes gens et de très jeunes filles(entre 15 et 19 ans) qui dansent lentement d'une façon lascive, comme s'il essayaient de s'interpénétrer les uns les autres, sur un blues. C'est Billie Holiday qui chante, ses inflexions plaintives semblent célébrer l'amour physique.
Par la double-porte, on voit la salle à manger éclairée par une lampe à abat-jour bleu posée sur la table ronde. Un couple est assis là, à manger du poulet frit avec de la salade de pommes de terre. Ils se donnent la becquée et se lèchent mutuellement leurs lèvres graisseuses, au lieu de les essuyer avec une serviette. L'air est imprégné de fumée de marijuana . Des couples fument des joints, grimaçant légèrement pour aspirer l'air en même temps, et les joints circulent de l'un à l'autre.
Baby Sister est assise au bout d'un sofa dans le living. On la voit à peine dans le noir. Joe est assis sur le bras du sofa. Une cigarette de marijuana luit entre ses lèvres. Il lui passe le joint.
JOE
Tiens, prends-en, mon chou
BABY SISTER
J'en veux pas.
JOE
Qu'est-ce qui te prend?
BABY SISTER
Je ne fume pas ça.
JOE
Mince alors, si t'as peur, rentre chez toi.
Baby Sister prend une bouffée de la cigarette, inhale la fumée et rend le joint. Elle se lève et se met dans les bras de Joe. Ils se tiennent debout avec un léger mouvement de va-et-vient, se serrant dans les bras l'un de l'autre. La cigarette pend de la lèvre inférieure de Joe. Il l'enlève et leurs bouches se soudent.
mardi 6 décembre 2011
Le Ying et le Yang
Vivre sur le continent africain, c'est se sentir comme ce petit point blanc. C'est être craint ou rejeté, mais toujours épié, observé. C'est croiser sans cesse le regard abonné à la souffrance. Hier, une petite fille sanglée sur le dos de sa mère a éclaté en sanglots en me découvrant. C'était sans aucun doute la première fois qu'elle voyait "le blanc".
Sur le continent opposé, le petit point noir lui aussi se sent bien seul, abandonné par les siens. Il craint probablement le regard de l'autre.Il se sent épié, observé, à chaque instant de sa pauvre journée .
Les deux petits points s'accordent pourtant sur la même pensée : les quelques années qu'il me reste à me traîner sur cette terre, je ne veux pas les passer au milieu des rustres.
Les deux supplient leurs Tout-puissants respectifs de les emporter, mais justement, quand on veut mourir, on vit.
Décidément l'homme n'a d'imagination ni dans son pessimisme ni dans son optimisme.
Alexandre Outis (Choses Vues)
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