"J'aime lire allongée sur un canapé, mais ceci n'est pas une profession, hélas." Fran Lebowitz
dimanche 12 juin 2011
Leçon de théologie
Quand John Dortmunder entra en homme libre, pas même en conditionnelle, au O.J. Bar and Grill dans Amsterdam Avenue, en ce vendredi soir de juillet, un peu avant vingt-deux heures, les habitués discutaient de l'au-delà.
-Ce que je pige pas, disait l'un d'eux, alors que Dortmunder se dirigeait vers Rollo le barman qui s'affairait tout là-bas au bout du comptoir, c'est tout ces nuages.
Un deuxième habitué posa son verre plein de mousse pour dire:
-Les nuages? De quels nuages tu parles?
-Ceux sur lesquels ils sont assis ! ( Le premier habitué agita le bras dangereusement, sans toutefois provoquer de dégâts.) Quand tu regardes toutes ces images, Jésus est toujours assis sur un nuage, l'autre Dieu, là, il est assis sur un nuage, Marie est assise sur un nuage...
-Un peu plus bas, souligna le troisième habitué.
-Ouais, d'accord, mais là où je veux en venir, c'est : le Ciel ne peut pas leur fournir des meubles ?
En approchant de Rollo, Dortmunder constata.....///.
///.....Pendant ce temps, un autre habitué s'élevait contre le concept d'ameublement dans l'au-delà :
-Qu'est-ce que tu veux faire avec des meubles? Le paradis, c'est pas un centre commercial, je te signale.
Un cinquième habitué intervint :
-Ah, oui ? Et tous ces pays de cocagne, alors?
-Où le miel et le lait coulent à flots, ajouta le troisième habitué comme s'il prononçait une inculpation.
Le premier habitué leva son verre et un sourcils sceptique pour demander :
Est-ce qu'ils distribuent des bottes?
Rolla s'activait....////
Le deuxième habitué disait :
-Moi, ce qui me tue, c'est cette histoire débile de paradis musulman avec les soixante-douze vierges.
-Il n'y a pas soixante-douze vierges, rectifia le premier habitué.
-Non, bien sûr, concéda le deuxième, pas toutes en même temps, mais quand même, c'est quoi ce genre de paradis? Ce serait comme être envoyé ans un lycée de filles.
-Ouille ! fit le troisième habitué.
-Vous imaginez, dit le deuxième, le vacarme à la cantine le midi ?
Le quatrième habitué demanda :
-Faudrait apprendre à jouer au volley-ball ?
Cette référence sportive dérouta tous le monde durant une minute, pendant que Dortmunder regardait Rollo trancher une banane....///
....Dortmunder contourna les habitués qui continuaient à ronger le même os. Le troisième habitué disait :
-Et si on peut pas jouer aux cartes au paradis ? Si on peut même pas danser ?
-Et après? rétorqua le deuxième habitué, je danse pas sur terre non plus.
.....//// Alors que Dortmunder et Stan se dirigeaient vers la sortie, le premier habitué disait :
-Vous voulez savoir ce que je pense du paradis? On va là-bas pour piquer un roupillon.
Le troisième habitué se retourna à moitié sur son tabouret afin d'avoir une meilleure vision des choses.
-Ah oui ? Et après ?
-Quoi, après? C'est terminé. La dernière sieste. Que demander de mieux?
Donald Westlake (Surveille tes arrières / Rivages)
Il y a fort longtemps, chez un bouquiniste de Marseille, j'engageai la conversation avec le vendeur ( un barbu ventru affreusement désabusé qui sentait l'urine de chat.) Ce détail expliquait en partie la distance que je tentais de conserver entre nous. Mais, en partie seulement car, si l'homme approuvait la plupart de mes choix littéraires noirs qu'il appelait classiques , en revanche , il désapprouvait totalement, avec même un petit sourire sarcastique qui m'énervait, le nom de Westlake. D'après lui, l'humour n'avait pas sa place dans l'illustre famille de notre genre préféré.
A l'époque, j'ai pensé qu'il avait entièrement le droit de penser ce genre de chose.
Aujourd'hui, je sais que ce type était un con.
Chez Westlake tout est diaboliquement précis et juste. Ce sont les personnages qui se fabriquent eux-mêmes leurs propres intrigues et dans chaque ligne, on peut voir le sourire du créateur
N'est-il pas beau son sourire ?
Pour les néophytes, je précise que Westlake, c'est une sainte trinité qui s'articule de la manière suivante :
-Les romans signé Richard Stark ( avec le cynique et méchant Parker comme personnage central)
Ces romans sont bien à l'image de leur personnage. Ils sont tous publiés dans la Série-Noire, je vous conseille de débuter la lecture par les premiers numéros (c'est une méthode qui a fait ses preuves.)
-Les romans signés Westlake avec comme personnage principal John Dortmunder ou avec un personnage différent. Je vous conseille Dégâts des eaux (avec Dortmunder) et Le Couperet (sans Dortmunder), les deux chez Rivages/Thriller.
-Les cinq romans signés Tucker Coe, dans la Série-noire.
Pour être tout à fait complet, signalons encore l'excellent blog 12Bb (voir le lien dans la liste des membres)
dont l'auteur, un spécialiste de Westlake, met en scène les fameux habitués du bar O.J.
ps : la photo illustrant ce texte est tirée du film "Heaven Can Wait" de Lubitsch avec Gene (c'est en quelque sorte ma version du paradis.)
jeudi 9 juin 2011
Si j'avais su que je vivrais si longtemps...
Ce qui c'est passé avant : Le père de Danny (surnommé Red Shirt) se bat dans un bar contre deux hommes, dont un est l'ancien mari de Verline. Il finit par prendre la fuite. Danny propose à Verline de venir se reposer dans la caravane qu'il occupe avec son père.
"Red Shirt n'était pas à la caravane. Il faisait froid à l'intérieur et Danny alluma le chauffage au gaz.
Verline s'assit sur le canapé, le devant de son tricot blanc était tout taché de sang.
-Va falloir que je le donne au teinturier, dit-elle.
Quand elle parlait, elle mettait la main devant sa bouche pour que Danny ne vît pas sa lèvre fendue.
-T'as des aspirines, mon chou? quatre, si tu en as.
Danny trouva un tube dans l'armoire à pharmacie et sortit six comprimés. Il en prit deux avant de sortir du cabinet de toilette.
-Merci, dit Verline quand il les lui tendit. Je boirais bien un coup pour les faire descendre. T'as du whisky?
Danny trouva une bouteille d'Old Forester à moitié pleine dans le placard et lui en servit un verre. Il apporta la bouteille et la posa par terre à côté du sofa. Il pensait que Verline devrait enlever sa main de sa bouche pour absorber l'aspirine et le whisky en même temps, mais elle réussit la manoeuvre d'une seule main.Tenant le verre en équilibre au creux de sa paume, elle prit les cachets entre le pouce et l'index, un à la fois, et les fit descendre avec le whisky.Elle finit son verre avec le dernier comprimé et se resservit.
-Ca va mieux, dit-elle.
Elle se laissa aller contre le dossier et ferma les yeux, et, un moment, Danny crut qu'elle s'était endormie.
Puis elle se mit à parler, en se couvrant toujours la bouche.
-Celui avec le chapeau, c'est Wendell. Mon Dieu, quel nom! On est séparés, alors il n'a pas vraiment de droits sur moi. Bert, celui qui t'as cogné, c'est son frère. Il était dans les Marines et ça l'a rendu fou ou quelque chose comme ça. Mais il est tout dévoué à ce salaud de Wendell. (Elle eut un petit rire qui ressemblait davantage à un sanglot.) Wendell et Bert, Bert et Wendell, voila ma vie.
Elle enleva sa main de devant sa bouche, découvrant sa lèvre fendue. Danny détourna les yeux.
-Je ne suis plus très jolie, hein? Même avant ça, je veux dire. Il y a douze ans, c'était autre chose. (Elle versa le reste de la bouteille dans son verre.) "Si j'avais su que je vivrais si longtemps, j'aurais mieux pris soin de moi", comme on dit.(Elle marqua une pause.) T'as pas besoin d'écouter tout ça, tu sais. Tu peux filer au lit...
Toute cette histoire ne te concerne pas. Je vais juste attendre un peu ici que la douleur passe et voir si ton père se pointe. Je peux?
-Bien sûr, répondit Danny. Je vais vous chercher des couvertures et un oreiller.....////
......//// Lorsque Danny se réveilla, il pensa que son père était au lit avec lui, mais quand il se retourna, il vit que c'était Verline, vêtue d'une des chemises de flanelle de Red Shirt . Elle lui tournait le dos mais sa chaleur était agréable, et il resta allongé quelques minutes avant de bouger à nouveau. Il se demanda si son père était rentré, et ce qu'il dirait de voir Verline dans son lit.///
///-Je vais prendre une douche. J'espère qu'il y a plein d'eau chaude. Ensuite, je te ferais ton petit-déjeuner. Même Wendell trouvait que je faisais bien la cuisine. Tourne-toi de l'autre côté un instant, tu veux? Je n'ai rien sous cette chemise.
Lorsqu'elle s'assit, la chemise de flanelle s'ouvrit, découvrant le renflement laiteux de ses seins et un téton rose.
Comme par instinct, Danny tendit le bras et lui caressa la joue.
-Tu n'as pas besoin de t'en aller, dit-il. Il fait froid.
Quelque chose changea dans le regard de la femme et sa bouche s'ouvrit légèrement.
Il se rapproche et avança le bras entre ses jambes, mais elle y avait mis sa main, pour lui bloquer le passage.Il essaya de forcer un peu, mais elle secoua la tête.
-Non, dit-elle. Faut que je me fixe une limite quelque part. T'es un bon petit gars. Je ne me sentirais pas bien de faire ça.Regarde de l'autre côté, s'il te plait!
Danny se tourna et fixa le mur.Verline se leva et entra dans le cabinet de toilette.Il l'entendit ouvrir le robinet de la douche. En quelques minutes le lit parut froid , alors il se leva. Il se posta devant la glace et regarda sa poitrine, son ventre plat, son pénis et ses cuisses.Il était beau. Red Shirt, lui, prenait déjà de la brioche. Il s'habilla rapidement , enfila ses bottes pour se grandir un peu , puis il alla dans la cuisine. Il se demanda où diable avait bien pu passer son vieux.
..../// Une fois qu'il eut regardé disparaître la voiture au bout de la route, Danny dégagea le reste de l'allée. Ensuite, il appuya l'outil contre la caravane et rentra à l'intérieur.Il alluma la télé pour avoir de la compagnie et regarda les jeux. Une femme déguisée en pizza essayait de deviner quelle porte cachait un réfrigérateur.
A midi passé, il appela Billy Kwe pour lui demander si Red Shirt avait passé la nuit chez lui, mais Billy ne l'avait pas vu. Il annonça à Danny que son chauffage était en panne et qu'il risquait de venir se chauffer chez lui. A deux heures, Doney Silverheels appela pour prévenir Danny qu'on avait vu un pick-up comme le leur, au bord d'une petite route de la réserve, près de Thornhollow. Le véhicule était dans le fossé et en partie recouvert de neige.
Quand Billy arriva, ils mirent les chaines à son camion et partir pour Thornhollow. Ils trouvèrent la camionnette exactement comme l'avait dit Doney . Red Shirt était mort, sur le siège avant. Ses mains gelées serraient le volant , et des morceaux de ses paumes se déchirèrent lorsqu'ils le sortirent du véhicule.
Son oeil gauche, tout gonflé, était fermé et il avait à la tempe une bosse de la grosseur d'une prune, à l'endroit où sa tête avait heurté le pare-brise.
Des cristaux de glace étoilaient les coins de la vitre".
Craig Lesley "Saison de Chasse" (10/18)
Cette histoire se déroule dans les limites d'une réserve indienne dans l'état de l'Oregon.
Et bon sang, que les personnages sont bougrement attachants!
mercredi 8 juin 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (33)
Incroyable!
Le blondinet dodeline de la tête.
-J' peux pas le croire. Une attaque chez nous !
Mamadou dodeline à son tour.
Les deux hommes sont debout et regardent le sol.
L'homme qui est à leurs pieds, est couché et mort.
Mamadou projette un jet de salive jaunâtre sur le corps.
Le blondinet demande
-Tu connais ce type ?
Le mort est vêtu d'un survêtement bleu et porte des chaussures de sport. Ses cheveux crasseux dépassent d'une casquette aux bords effilochés. Ses yeux sortent de leurs orbites comme ceux d'un gros poisson.
Mamadou secoue négativement la tête. Le blondinet jure.
On frappe
Blanquart grimace.
-Qui est là?
-C'est moi..
Blanquart reconnait la voix du notaire. Il se dirige vers la porte et débloque la serrure.
Richard entre en trombe dans le bureau. En quelques secondes, il évalue la situation.
Monsieur, ligoté et bâillonné , sur le tapis. Et puis, cette fille ligotée elle aussi, qui semble endormie, la tête pendante hors du fauteuil.
-Qui est-ce? demande Richard
-Rien à foutre, répond Blanquart. Ce qui m'intéresse c'est ce qu'on va faire maintenant.
Richard fixe l'inspecteur avec une attention soutenue, se gratte le menton
-C'est à dire?
-La suite des opérations! crie Blanquart
-Mais, vos hommes ont pris le contrôle de l'association non?
-Contrôle mon cul ! Des imbéciles !
-Pourtant, votre supérieur m'a bien assuré que...
-Mon supérieur s'est pissé dessus, le coupe Blanquart.
L'homme saigne du nez
Une soudaine et ridicule hémorragie provoquée par le stress, probablement.
Réfugié dans les toilettes, assis sur la cuvette, la tête rejetée vers l'arrière, il contemple la longue fissure qui court sur le plafond. Il ferme les yeux.
Lorsqu'il les rouvre, plus de fissure mais, la gueule noire d'un revolver à la place.
Un homme, noir lui aussi, se tient debout sur le bâti des toilettes.
-Debout ! dit l'homme noir.
Il laisse tomber les feuilles de papiers hygiénique maculés de sang sur le carrelage et obéit.
Mamadou dégringole de son perchoir et se retrouve face à l'homme.
-Qui es-tu? demande le burkinabé
-Un employé de l'association, comme toi, répond le type en se forçant à sourire.
-Mon cul! dit Mamadou. Et moi je suis Idi Amin Dada, tu me reconnais?
L'autre lève les bras.
-A quoi bon nous battre ? Nous sommes frères après tout!
Mamadou sourit et dit
-Non, impossible, ma bite est plus grosse que la tienne
L'homme ne sourit pas, il claque des dents..Mamadou lui colle deux balles dans la tête.
-Je peux vous aider?
Outis pivota rapidement sur son siège.L'unique ampoule du local vidéo enveloppe un visage poupin, presque enfantin. Sa main droite est négligemment enfoncée dans la poche de son pantalon et la gauche glissée sous le revers de sa veste de cuir.
-Non, ça va, répond Outis en fixant le gringalet droit dans les yeux. J'ai tout ce qu'il me faut, mais, si tu veux m'apporter un café sans sucre.
Il sourit, exhibe ses longues canines malsaines et fait apparaître un Smith et Wesson.357 magnum.
Dans sa main osseuse, l'arme devient encore plus grosse encore.
-De toutes façons, j'avais besoin d'un break, fait Outis en se levant.
Tapis contre le mur du couloir
Nez de boxeur et blondinet encadrent la porte du bureau de Monsieur.
Dans la porte, on peut voir trois énormes trous qui laissent filtrer la lumière vers l'extérieur.
-Les prochaines c'est pour vous !
Le blondinet fronce les sourcils
-Blanquart?
-Ouais ! T'as gagné mon pote!
-Messieurs, je suis sûr que nous allons pouvoir nous entendre, dit une autre voix
-Fermez-la! aboie Blanquart
Nez de boxeur tapote sa tempe de son gros doigt.
Le blondinet soupire et, en fixant toujours la porte du bureau, demande
-Qu'est-ce que tu veux?
-Foutez le camp!
-Tu sais bien que c'est impossible..
-Alors, on va tous mourir!
(A suivre)
Le blondinet dodeline de la tête.
-J' peux pas le croire. Une attaque chez nous !
Mamadou dodeline à son tour.
Les deux hommes sont debout et regardent le sol.
L'homme qui est à leurs pieds, est couché et mort.
Mamadou projette un jet de salive jaunâtre sur le corps.
Le blondinet demande
-Tu connais ce type ?
Le mort est vêtu d'un survêtement bleu et porte des chaussures de sport. Ses cheveux crasseux dépassent d'une casquette aux bords effilochés. Ses yeux sortent de leurs orbites comme ceux d'un gros poisson.
Mamadou secoue négativement la tête. Le blondinet jure.
On frappe
Blanquart grimace.
-Qui est là?
-C'est moi..
Blanquart reconnait la voix du notaire. Il se dirige vers la porte et débloque la serrure.
Richard entre en trombe dans le bureau. En quelques secondes, il évalue la situation.
Monsieur, ligoté et bâillonné , sur le tapis. Et puis, cette fille ligotée elle aussi, qui semble endormie, la tête pendante hors du fauteuil.
-Qui est-ce? demande Richard
-Rien à foutre, répond Blanquart. Ce qui m'intéresse c'est ce qu'on va faire maintenant.
Richard fixe l'inspecteur avec une attention soutenue, se gratte le menton
-C'est à dire?
-La suite des opérations! crie Blanquart
-Mais, vos hommes ont pris le contrôle de l'association non?
-Contrôle mon cul ! Des imbéciles !
-Pourtant, votre supérieur m'a bien assuré que...
-Mon supérieur s'est pissé dessus, le coupe Blanquart.
L'homme saigne du nez
Une soudaine et ridicule hémorragie provoquée par le stress, probablement.
Réfugié dans les toilettes, assis sur la cuvette, la tête rejetée vers l'arrière, il contemple la longue fissure qui court sur le plafond. Il ferme les yeux.
Lorsqu'il les rouvre, plus de fissure mais, la gueule noire d'un revolver à la place.
Un homme, noir lui aussi, se tient debout sur le bâti des toilettes.
-Debout ! dit l'homme noir.
Il laisse tomber les feuilles de papiers hygiénique maculés de sang sur le carrelage et obéit.
Mamadou dégringole de son perchoir et se retrouve face à l'homme.
-Qui es-tu? demande le burkinabé
-Un employé de l'association, comme toi, répond le type en se forçant à sourire.
-Mon cul! dit Mamadou. Et moi je suis Idi Amin Dada, tu me reconnais?
L'autre lève les bras.
-A quoi bon nous battre ? Nous sommes frères après tout!
Mamadou sourit et dit
-Non, impossible, ma bite est plus grosse que la tienne
L'homme ne sourit pas, il claque des dents..Mamadou lui colle deux balles dans la tête.
-Je peux vous aider?
Outis pivota rapidement sur son siège.L'unique ampoule du local vidéo enveloppe un visage poupin, presque enfantin. Sa main droite est négligemment enfoncée dans la poche de son pantalon et la gauche glissée sous le revers de sa veste de cuir.
-Non, ça va, répond Outis en fixant le gringalet droit dans les yeux. J'ai tout ce qu'il me faut, mais, si tu veux m'apporter un café sans sucre.
Il sourit, exhibe ses longues canines malsaines et fait apparaître un Smith et Wesson.357 magnum.
Dans sa main osseuse, l'arme devient encore plus grosse encore.
-De toutes façons, j'avais besoin d'un break, fait Outis en se levant.
Tapis contre le mur du couloir
Nez de boxeur et blondinet encadrent la porte du bureau de Monsieur.
Dans la porte, on peut voir trois énormes trous qui laissent filtrer la lumière vers l'extérieur.
-Les prochaines c'est pour vous !
Le blondinet fronce les sourcils
-Blanquart?
-Ouais ! T'as gagné mon pote!
-Messieurs, je suis sûr que nous allons pouvoir nous entendre, dit une autre voix
-Fermez-la! aboie Blanquart
Nez de boxeur tapote sa tempe de son gros doigt.
Le blondinet soupire et, en fixant toujours la porte du bureau, demande
-Qu'est-ce que tu veux?
-Foutez le camp!
-Tu sais bien que c'est impossible..
-Alors, on va tous mourir!
(A suivre)
mardi 7 juin 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (33)
Appendice nasal très au-dessus de la moyenne
Un chapeau noir, des babines de ruminant..Ah...L'objectif déforme totalement le visage.
"Heureusement pour lui", pense l'employé.
Il s'approche encore un peu plus de son écran de contrôle.
La voix de l'homme lui envoie une décharge de 300 volts, soudaine, fulgurante.
-Je suis Maître Richard !
L'électrocuté accuse le coup. Il balance vers l'écran-friend de son ordinateur.
La liste des membres ... Voila... Richard... C'est bon.
Son pouce enfonce le bouton rouge commandant l'ouverture de la porte.
Ensuite tout va trop vite pour lui. Une meute pénètre dans le hall.
On crie, on vocifère..
Lui, n'a que le temps de dire simplement "mais" avant d'avoir la mâchoire fracturée par un coup de crosse.
Il bascule vers l'avant d'un seul et unique mouvement et va s'écraser contre la vitre de sa cabine-protection.
L'homme fait un pas de côté pour éviter d'être éclaboussé par le sang qui gicle de la bouche du gardien.
Il ressort de la cabine, considère les hommes du commando qui se dispersent dans les couloirs. Il a un rictus amusé en voyant les employés qui courent comme des fourmis affolées.
Blanquart se plante à côté de lui. Il épaule et arrose copieusement les objectifs des caméras de surveillance.
Des éclats volent partout. Et puis, une fumée noirâtre enveloppe la scène.
Richard est plaqué contre le mur. Il tente de parler mais, sa bouche bat spasmodiquement en contrepoint des secousses de ses jambes. Ses yeux disent : c'est ça la guerre .... ?
Deuil
Noir total. Il lève les yeux au plafond. Soupire.
"Bon sang ! tu ne vas pas trouver la réponse écrites sur les dalles de polystyrène! "
La porte s'ouvre et cogne contre le mur. Un type aux joues rouges se pointe. Il court vers l'armoire métallique, balance un grand coup de pied dans la porte et sort une boule de chiffon crasseuse de l'armoire.
-Qu'est-ce qui se passe Paul? demande l'autre.
-C'est le bordel, répond Paul en libérant un vieux Luger chambré en 7,65mm. de la boule de chiffon.
En trois pas, Paul sort de la pièce.
L'autre plonge sous le tableau de commande des écrans et disparaît entre les cordons et raccordements électriques. Sa main vient refermer les volets du placard.
Mais, qu'est-ce que?
-Oui, des coups de feu, confirme Sarah
Berne tourne la tête. Sur son gros combiné téléphonique, toutes les touches sont rouges.
Sarah se lève . Berne se met à sangloter. Il attrape le cadre photo devant lui, embrasse sa femme et ses rejetons.
-Pardon... pardon, dit Berne en fixant le cadre avec les yeux d' un dément.
-Allo !
Un drôle de grognement rauque, inhumain , jaillit du combiné.
Mamadou sursaute, se reprend
-C'est pas drôle!
Des coups de feu explosent dans le téléphone.Et puis, des cris..
Mamadou jette le combiné et se précipite dehors.
Dans la petite casserole, le café se met à bouillir.
Nez de boxeur court, tête baissée
Soudainement, il s'immobilise . Son instinct de chasseur lui dit : quelqu'un descend l'escalier.
Le quelqu'un n'est pas très malin. Maintenant, nez de boxeur entend distinctement ses pas sur les marches.
L'homme est sur le palier. Il tourne la tête, son visage tout entier devient masque de cire. Un masque fripé, déformé par l'horreur. Nez de boxeur ajuste, nez de boxeur tue.
L'homme pirouette, puis s'abat dans un bruit sourd. Nez de boxeur ricane.
Prisonnière de l'écran
Une figure géométrique se balance, oscille lentement au rythme du bourdonnement de l'ordinateur.
Outis touche la souris. L'écran redevient vivant.
Ce qu'il lit lui donne du courage. Le nom des dossiers le stimule.
Il saisit l'homme qu'il vient d'assommer sous les aisselles et le fait basculer de son fauteuil.
-Désolé mon gars, j'ai du boulot, dit-il en prenant sa place sur le fauteuil.
L'inspecteur Blanquart tient sa carabine à pleins bras
La crosse enfoncée dans l'aine, le canon dépassant son oreille droite. L'éclairage au mercure d'un grand lustre suspendu au plafond accentue les durs méplats de son visage.
A ses pieds, Monsieur. Poignets et chevilles noués, une large bande de ruban adhésif sur la bouche, il a beaucoup moins de prestance qu'à l'habitude.
Blanquart fixe son prisonnier d'un oeil torve avec quelques lueurs fauves qui brillent dans ses pupilles.
Ce bref instant de répit dans l'assaut de l'association colombophile du Nord est le bienvenu. Il permet aux muscles de l'inspecteur Blanquart de se décontracter un peu.
Pourtant, il perçoit un bruit à peine perceptible.. Un cliquetis... Son corps tout entier se contracte à nouveau.
La porte s'entrouvre légèrement. Blanquart crispe son doigt sur la détente de son arme.
Selon Blanquart, l'intrus avait autant de chance de rester vivant qu'un rat de laboratoire pendant une expérience. Son sourire découvre ses dents jaunies par la nicotine.
Une tête se faufile par l'ouverture.
Bon sang ! une femme. Il ne manquait plus que ça!
En découvrant la situation, Sarah Baum ouvre la bouche pour crier.
(A suivre)
Manchette, encore...
La matière première de Manchette c'est le personnage. Même si, certains feignent de s'intéresser à l'intrigue.
Car, l'intrigue n'est rien, ou presque rien. Nous accompagnons donc ses personnages, recrutés dans le peuple d'en bas, ( même si la Julie de "O Dingos" et le Gerfaut du "Petit bleu de la côte Ouest" appartiennent à une classe sociale légèrement supérieure à celle de Tarpon le détective, Aimée la tueuse et MartinTerrier le tueur à gages.)
L'histoire est donc narrée avec et pour ses héros" malgré eux", qui sont les victimes d' une implacable allégorie sociale dont le bouquet final est toujours sensiblement le même.
Viennent ensuite les personnages secondaires dont nous avons déjà longuement parlé dans le texte précédent.
Ajoutons tout de même qu'une bonne partie est recrutée dans les hautes couches de la société ( les "hommes d'état" avec N'Gustro, Nada, mais aussi dans La position du tireur couché , Tarpon et le Petit bleu .
La bourgeoisie et la noblesse apparaissent aussi dans Ô Dingos et Fatale par exemple.
Donc, contrairement aux préceptes du genre, ce n'est pas un détective ( le dur à cuire, beau gosse et désabusé) qui s'occupe de l'affaire mais plutôt des sans grade. A mon sens, c'est ce choix délibéré qui fait la différence , et quelle différence ! Les losers n'ont plus rien à perdre et, c'est inévitable, ils mettent le paquet !
Les représentants de la classe prolétarienne font le ménage dans les institutions, du sol au plafond, avec dans leurs têtes, cependant, un petit quelque chose qui ressemble à un idéal.
Cette action individuelle "forcée" et nécessairement désespérée s'achève donc par un pénible constat : On ne peut combattre l'ordre et le droit sans y laisser des plumes. Tarpon retourne chez sa maman, Gerfaut continue de tourner inlassablement sur le périphérique et Terrier de danser sur les tables, le soir, s'il a bu des alcools .
L'emploi d'un héros "négatif" est donc tout à fait significatif à mon sens car, il permet de dénoncer de manière plus habile les injustices et autres dérives totalitaires.
Plus habile car, en pleine phase de réflexion , lorsque nous refermons le bouquin, nous nous posons souvent la même question : qui sont les bons, qui sont les méchants?
Je vous laisse réfléchir là-dessus..
Julius Marx
vendredi 3 juin 2011
Et les étoiles ne regardent jamais en bas (32)
Richard, Ducasse et Blanquart sortent de la maison du notaire
Le vent se jette sur eux en hurlant.
Blanquart fait un signe au chauffeur de la camionnette garée sur le trottoir.
Appel de phares / moteur en marche/ prêt.
Le faisceau des phares barbouille le trottoir d'une pâle lumière blanche qui enveloppe les trois hommes.
Blanquart ouvre les portières de sa 505 break et fait rapidement le tour de sa voiture pour se retrouver au volant. Richard, enveloppé d'une longue redingote noire et coiffé d'un chapeau à larges bords, s'installe côté passager. Ducasse reste planté sur le trottoir : il lutte contre les attaques du vent, se replie sur lui-même, rentre sa tête dans ses épaules, comme à son habitude.
Richard le fixe un moment puis, se tourne vers Blanquart.
-Alors, qu'est-ce qu'il fabrique?
Ducasse ouvre la bouche. Aucun son ne sort. Son imperméable se gonfle et se dégonfle au rythme des bourrasques.
Richard passe sa tête par la vitre ouverte.
-Alors ! Nous attendons mon vieux..
-Peux pas... réussit à murmurer Ducasse avant de tourner sur lui même comme une girouette.
Richard grimace.
-Allez le chercher, commande-t-il à Blanquart.
L'inspecteur grommelle quelques mots incompréhensibles puis sort de la voiture.
En quelques enjambées, il se retrouve face à son supérieur.
-Peux pas... dit une nouvelle fois Ducasse.
Il claque des dents. Son visage est strié de traces humides, des larmes coulent sur le revers de son imperméable.
-Peux pas, sanglote-t-il une nouvelle fois
Blanquart sert les dents.
-Ah merde! crache-t-il en apercevant la flaque d'urine qui se forme aux pieds du chef de la police de Veninsart.
Il lâche un gros crachat sur le trottoir et fait demi-tour.
-Peux pas, répète Ducasse hébété en voyant les deux voitures quitter l'avenue de l'Hippodrome.
Puis, il renifle bruyamment, il titube vers un gros tilleul doré et appuie sa tête contre le tronc rugueux.
Le dos voûté, la bouche grande ouverte, il vomit au pied de l'arbre, souillant la plaquette apposée par le syndicat d'initiative.
Il se redresse. Des filets de baves luisants enveloppent sa tête comme des cheveux de sucre une pièce montée.
D'un geste fou, il déchire la poche de son imperméable et ramène un automatique Iver Johnson calibre 22.
Quant il introduit le canon de l'arme dans sa bouche, le goût de graisse rance et le contact froid du métal lui soulèvent le coeur.
L'unique détonation déchire le silence préservé et glacé de la grande avenue. Elle fait aussi sursauter Colette Scherperel qui, comme chaque soir à cette heure, promène son labrador Valdo sur le trottoir des numéros impairs. Sur le trottoir opposé, une ample lumière ricoche sur la fenêtre de cuisine du numéro 146.
Deux autres s'éteignent au même instant dans les étages de la grande villa à l'architecture militaire portant le numéro 148. Sur la haute grille dissuasive de la villa on peut lire l'inscription "Mon repos".
-Nous avons choisi le patron de la société colombophile
-Hein? pardon, dit Berne
-Les membres de notre rédaction ont choisi votre chef pour notre prochain article, explique Sarah.
Berne grimace. Il cherche un moyen d'occuper ses mains. Sa chemise lui colle à la peau ; dans le dos et sous les aisselles.
-C'est un homme important de notre ville non?
-Certes... Murmure Berne en ouvrant machinalement un tiroir de son bureau.
Non, rien là-dedans qui pourrait l'aider: Un vieux ticket de Millionnaire, un ancien numéro du magazine Lui avec Gloria Lasso nue...
Berne plisse encore un peu plus ses paupières comme s'il venait d'avaler un fruit tropical beaucoup trop acide pour son palais d'européen.
-Impossible , lâche-t-il en refermant le tiroir.
Au même moment ,dans le local des archives,
L'homme en blouse abaisse l'interrupteur et sort de la pièce.
Outis attrape sa lampe de poche. Le faisceau de la lampe glisse sur une longue file de classeurs.
Puisqu'il faut bien commencer quelque part, Outis saisit le premier de la rangée.
Sur la tranche, il est écrit "faits-divers".
-Cette nuit froide nous changera tous en fous déments !
-Hein, quoi?
Richard s'accorde un léger sourire devant l'air ahuri de Blanquart.
-Je citai Shakespeare
-Ah... bien.. fait Blanquart en hochant la tête
-Vous connaissez Shakespeare évidemment ? s'amuse le notaire
-Mnnnff, répond Blanquart sans quitter la route des yeux.
Puis, il jette un coup d'oeil dans son rétro. La camionnette suit. Bien..
-Vous êtes le soldat, plein de jurons étranges, poilu comme la panthère, déclame Richard
Blanquart se contente de hocher une nouvelle fois la tête. Un court instant il se demande si la panthère est vraiment poilue.
Le notaire se redresse, la voix est plus forte, elle remplit l'habitacle de la voiture.
-Jaloux de son honneur, violent et prompt à la querelle, recherchant la bulle d'air de la gloire dans la gueule même du canon !
C'est ça mon gros, si tu le dis..pense Blanquart.
Nouveau coup d'oeil dans le rétro.. Rien à signaler..
(A suivre)
mercredi 1 juin 2011
Non capisco... Non si sente
D'une rive à l'autre, on ne se comprend pas... On ne s'entend pas.
Sur chaque côte, on raconte, on argumente et on juge sans compromis...
C'est notre l'histoire.
Le Nord veut des images, du sensationnel, de l'émotion.
Le Sud demande reconnaissance et liberté
C'est notre histoire.
Entre nous, il y a la mer
Et le poète lui, l'avait deviné
Elle n'est plus un rêve mais un champ incolore
C'est notre avenir.
Sur chaque côte, on raconte, on argumente et on juge sans compromis...
C'est notre l'histoire.
Le Nord veut des images, du sensationnel, de l'émotion.
Le Sud demande reconnaissance et liberté
C'est notre histoire.
Entre nous, il y a la mer
Et le poète lui, l'avait deviné
Elle n'est plus un rêve mais un champ incolore
C'est notre avenir.
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